Pisa : comment les Anglais résistent au décrochage occidental
Pour les ministres de l’Education, la publication des résultats de Pisa a souvent des airs de purge.
Tous les trois ans, cette grande enquête internationale, qui mesure les performances des élèves en mathématiques, en sciences, et en compréhension de l’écrit, vient raviver l’inquiétude sur la baisse du niveau scolaire, alimentant aussi les débats sur l’incapacité des systèmes éducatifs à endiguer les effets des écrans et des réseaux sociaux sur les plus jeunes.
Mais ce 8 septembre, Lucy Powell, secrétaire d’État à l’éducation du gouvernement britannique, a dû feuilleter le rapport avec plus de sérénité que la plupart de ses homologues occidentaux.
Alors que la grande majorité des pays de l’OCDE ont vu leurs scores chuter depuis 2022, l’Angleterre s’est stabilisée en maths (+0) et en compréhension de l’écrit (+1) et a même progressé en sciences (+13).
À titre de comparaison, la France – qui se situe légèrement en dessous de la moyenne de l’OCDE - accuse désormais un écart de 33 points en sciences avec l’Angleterre, de 41 points en lecture et de 34 points en mathématiques.
On en oublierait presque que le système éducatif anglais n’a pas toujours connu pareil bulletin de notes.
À partir des années 1970, puis tout au long des années 1980 et 1990, le pays traverse même une profonde crise de son modèle éducatif : niveau jugé insuffisant pour un nombre trop important d’élèves, fortes inégalités entre territoires, mais aussi remise en cause d’une pédagogie accusée de ne pas accorder assez de priorité aux "savoirs de base".
Pour tenter d’inverser la tendance, les Anglais engagent alors un vaste plan de réformes, déployées en deux temps : la première vague débute entre 1997 et le milieu des années 2000, sous la houlette du New Labour du Premier ministre travailliste Tony Blair , puis à partir de mai 2010, sous l’impulsion du conservateur David Cameron et de Michael Gove, secrétaire d’État à l’éducation de 2010 à 2014, et Nick Gibb, ministre chargé des écoles pendant une grande partie de la période conservatrice.
Autonomie et responsabilisation Pour Sam Freedman, chercheur principal au think-tank britannique Institute for Government, le succès de ces réformes s’explique d’abord par une incroyable continuité, malgré les alternances politiques.
"Une même idée directrice consistait à donner beaucoup d’autonomie aux établissements, tout en les tenant fortement responsables de leurs performances et en leur donnant un cadre très clair sur les objectifs attendus", explique à L’Express cet ex-conseiller politique de Michael Gove de 2010 à 2013.
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