"Le recul français en matière de recherche n'a pas d'équivalent" : le constat alarmant de la présidente du Hcéres
Jamais la photographie de l'état de la recherche française n'a été aussi claire.
L'Observatoire des sciences et techniques, rattaché au Haut conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Hcéres), a publié récemment une étude complète et originale sur l'évolution de notre position dans le paysage de la science mondiale.
Le constat, très documenté, avec des indicateurs inédits , montre à quel point la science hexagonale a perdu de l'influence au niveau international.
Coralie Chevallier, la présidente du Hcéres, livre en exclusivité pour L'Express son analyse sur les causes de ce décrochage alarmant - qui ne tiennent pas uniquement à l'insuffisance des financements.
Entretien.
L'Express : Le constat du décrochage de la recherche française est fait depuis longtemps.
Qu’apporte cette nouvelle étude ? Coralie Chevallier : L’Observatoire des sciences et techniques du Hcéres, avec son directeur Nicolas Carayol, a développé un indicateur d’audience scientifique original, pour essayer de se rapprocher le plus possible de la perception qu’ont les chercheurs eux-mêmes de l’importance des travaux conduits dans les différents pays.
Autrement dit, quand ils travaillent dans leurs laboratoires, qu’ils s’appuient sur le travail d’autres chercheurs dans le monde et citent leurs publications, à quelles études se réfèrent-ils ? Cette audience est calculée à partir de la part des citations, au sein de la communauté scientifique mondiale, des publications produites par les chercheurs de tel ou tel pays.
Ce comportement de citation, c’est-à-dire le nombre de fois où les chercheurs du monde entier mentionnent dans leurs propres publications des articles français, italiens ou chinois donne une idée de l’importance respective des différents pays dans le paysage scientifique mondial.
L’Observatoire des sciences et techniques l’a calculé de façon longitudinale, de façon à pouvoir analyser les évolutions des 20 dernières années.
L’autre grand apport de cette étude tient à la robustesse de ses résultats.
Nous savions en effet que la Chine progressait et que la France était plutôt en recul, mais c’était assez faiblement caractérisé et parfois contesté.
L’étude de l’Observatoire des sciences et techniques permet d’apprécier toute l’ampleur du recul français, sa singularité et sa systématicité, sans que cela ne dépende de l’usage d’un indicateur en particulier.
Quels enseignements tirez-vous de ce nouvel indicateur ? On voit qu’en 2005, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, l’Allemagne et la France se trouvaient en tête du palmarès des pays dont la recherche est la plus citée dans le monde.
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