Les autorités chinoises réglementent les chatbots compagnons: elles craignent une trop forte dépendance émotionnelle qui aboutirait à une réduction du taux de natalité déjà très bas
La Chine a commencé à restreindre fortement l'utilisation des chatbots compagnons. Le pays craint la dépendance qu'ils peuvent engendrer et leur impact sur les objectifs démographiques. La Chine va-t-elle voir moins de familles se créer et moins de bébés naître en raison de l'essor de l'intelligence artificielle ? C'est ce que semblent craindre les autorités chinoises et ce qu'explique le Guardian dans une enquête, qui fait état de restrictions toujours grandissantes concernant les chatbots compagnons , ces IA qui peuvent discuter avec un utilisateur et ainsi créer une relation parasociale parfois très forte.
Une affaire a récemment suscité l'indignation sur les réseaux sociaux en Chine, celle d'une utilisatrice de la plateforme Doubao (propriété de Bytedance), et qui est tombée amoureuse de son chatbot. Jusqu'au jour fatidique, où, le mois dernier, le service a été arrêté. La rupture a été violente. "Je pleurais à chaudes larmes, de la morve et des larmes partout," expliquait-elle sur le réseau social. Elle avait pris l'habitude d'échanger et de partager sa vie quotidienne avec son IA.
Pour expliquer cette proximité virtuelle, elle indiquait qu'elle estimait ne pas avoir à discuter de ces sujets avec ses amis "car ils avaient leurs propres histoires à gérer" et qu'avec une IA, elle n'avait pas à s'inquiéter des jugements éventuels.
Bytedance a pris la décision de fermer son service de chatbot sous la pression du régime chinois, qui cherche depuis longtemps à composer avec la nécessité d'aller toujours plus loin sur le terrain de l'intelligence artificielle, mais aussi avec la préservation de sa population.
Le pays craint, raconte le Guardian, que la démographie dégringole si ses habitants commencent à s'accrocher aux chatbots compagnons, qui sont de plus en plus "humains" dans leurs réponses et leurs connaissances d'un utilisateur.
Le pouvoir estime aussi que l'IA peut exacerber les problèmes sociaux existants, "notamment la solitude, le chômage et le célibat", raconte le quotidien anglais.
Depuis le 15 juillet, la Chine a donc entériné plusieurs mesures, dont celle interdisant les chatbots compagnons aux mineurs, tout en imposant des restrictions pour ceux proposés aux adultes.
Plusieurs fournisseurs de ces services ont préféré y mettre un terme, laissant de nombreux chinois esseulés. Le gouvernement a alerté sur les risques de "dépendance émotionnelle", mettant en garde les start-up IA qui souhaiteraient permettre à leurs chatbots de "remplacer les interactions sociales".
Mais l'omniprésence des chatbots en Chine n'est peut-être pas la seule cause de ce que le Guardian nomme la "crise de la solitude" dans le pays. L'économie chinoise est en effet accro aux nouvelles technologies. Les smartphones, les technologies de reconnaissance faciale, les réseaux sociaux omniprésents sont autant d'éléments qui empêchent une certaine sociabilisation. 20% des ménages ne sont composés que d'une seule personne, un chiffre qui pourrait dépasser les 30% d'ici à 2030.
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