Contre Alzheimer, commençons par prévenir la surdité, par le Pr Antoine Flahault
On estime que la perte d’audition affecte aujourd’hui 5 % de la population mondiale, et qu’en 2050, 10 % de l’humanité aura besoin d’être appareillée.
Les causes de la perte de l’audition peuvent être d’origine génétique, dues à des infections, à des traumatismes crâniens, à des traumatismes auditifs, ou encore à la prise de médicaments ototoxiques.
La presbyacousie affecte environ 40 % des personnes de plus de 65 ans.
Sur le plan génétique, plus de cent gènes ont été identifiés à l’origine des pertes d’audition liées à l’âge, avec une transmission héréditaire observée pour 10 % des troubles de l’audition de l’adulte.
La perte d’audition est aussi reconnue comme étant un facteur de risque de démence sénile ultérieure.
Toutes les formes de surdités, qu’elles soient de survenue progressive ou aiguë, d’origine génétique, traumatique ou infectieuse, sont associées à ce risque de déclin cognitif sans que l'on en comprenne encore totalement les mécanismes.
Pour tenter d’expliquer la survenue de démence après des troubles de l’audition, on évoque l’isolement social dans lequel les malentendants seraient plongés, les pertes de connexion synaptique dans le cerveau, ou encore l’allègement de ce que l’on appelle "la charge cognitive".
Les multiples signaux sonores que nous recevons génèrent en effet une intense activité cérébrale qui nous permet la reconnaissance des mots et des phrases, la formalisation des idées et la réalisation d’actions, constituant une "charge cognitive" qui contribuerait à réduire le risque de démence sénile ultérieure.
Les découvertes récentes sur ce sujet ouvrent une voie prometteuse pour la prévention de la démence sénile et de la maladie d’Alzheimer , contre lesquelles on dispose actuellement de peu de ressources thérapeutiques.
On peut envisager par exemple de mieux dépister les pertes d’audition, d'appareiller plus tôt les personnes concernées et ainsi chercher à prévenir le déclin cognitif et les pertes d’autonomie associées.
Faisons un tour de la question et des solutions qui se présentent à nous dans ce domaine.
Les liens entre la perte de l’audition et le déclin cognitif Une forte corrélation a été observée entre les tests montrant un déficit auditif et ceux portant sur le déclin cognitif, comme le test MMS.
De même, on a pu corréler les pertes d’audition à des atrophies cérébrales et à des altérations des images cérébrales visibles à l’IRM et évocatrices de déclin cognitif.
Le risque de survenue d’une démence sénile est près de trois fois plus élevé chez les patients ayant une perte de l’audition.
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