Enfants de l’humanité, enfance du monde
Souvent, les espèces vivantes protègent leur progéniture. Et l’on s’émerveille des actions ajustées de telle ou telle espèce. On se demande même parfois quel instinct puissant conduit certaines d’entre elles à faire barrage de leur corps jusqu’à la mort, pour protéger leur descendance des prédateurs.
On dirait que des éclairs de sagesse rayonnent dans la nature. Messages ineffaçables qui rappellent à l’humanité ses devoirs premiers. Mais l’humanité du XXI e siècle peut-elle encore les entendre quand le fracas des appétits de domination et de puissance, de richesse et de gloire les recouvre ?
L’homo-technicus qui colonise tant de continents, de secteurs, de cultures et d’esprits ignore les leçons de la nature comme celles du passé. Tout à sa tâche de réécrire les règles de la vie pour fabriquer un monde et un homme nouveaux, il répète les erreurs tragiques du début de l’âge industriel. Alors, des milliers d’enfants furent sacrifiés dans les mines pour nourrir des chevaux de fer et autres veaux d’or.
Aujourd’hui encore, en Afrique et ailleurs, dans l’indifférence générale, des enfants sont sacrifiés pour extraire des mines le précieux métal qui atterrit dans nos téléphones et autres objets quotidiens. L’homo-technicus n’a pas même hésité à livrer ses propres enfants à la jungle de l’hyper communication instantanée. Une jungle qu’il a fabriquée où, trop souvent, le meilleur s’efface devant le pire. Car il a renoncé à toute protection efficace, abandonné toute initiation.
L’humanité du XXI e siècle est-elle devenue sourde aux cris de ses enfants ? Qui secourt les enfants d’Afrique livrés à la famine, à la violence djihadiste, aux esclavages mortels. Et les enfants de Palestine souffrant de la faim, assassinés, ensevelis dans le silence de l’oubli. Ce même oubli recouvre aussi le sort des milliers d’enfants ukrainiens arrachés à leur famille : la Russie efface leur mémoire, lave leur cerveau et fait de certains des soldats féroces, combattant leur propre peuple.
Il faudrait un sursaut d’humilité pour remettre les enfants au cœur de l’avenir du monde. Il faudrait semer le Bien pour que cessent de prospérer la haine et la violence à l’âge où l’humanité dispose des moyens de sa destruction totale. Il faudrait réveiller l’espérance pour combattre cette lamentable éclipse de l’humanité.
Dans ce paradis souffrant qu’est la Terre, où la vie a pu éclore au long des ères, il n’est pas interdit de penser que nous sommes peut-être à l’âge de l’enfance du monde. Et qu’il faut le protéger, le chérir, le développer dans le respect de tous. Quel chemin plus simple et plus fécond pour parvenir à s’entendre que de prendre résolument soin des enfants de l’humanité ?
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