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Sortie ciné. Fjord : un drame nordique glaçant en toute bonne foi

Le Progrès ·
Sortie ciné. Fjord : un drame nordique glaçant en toute bonne foi

À observer une certaine critique exacerbée viser Fjord depuis le Festival de Cannes , Cristian Mungiu dérange. Le cinéaste s’en réjouit : au moins, il suscite des conversations, dont l’agressivité rugueuse sur les réseaux sociaux illustre ce que le film met en jeu, à savoir un conflit raide opposant les tenants d’une société progressiste à ceux d’une autre conservatrice, chacun étant persuadé du bien de sa vision, du mal de celle de l’autre. « Nous vivons dans une société très polarisée, où deux groupes s’affrontent, persuadés d’avoir raison et de détenir la seule vérité. Cette polarisation a engendré une forme de violence sociale qui rend le vivre-ensemble impossible. Nous sommes divisés en groupes tellement radicalisés que le dialogue est devenu impossible », souligne-t-il.

Ses contempteurs ont reproché au réalisateur roumain son ambiguïté, pointant son équivoque pour avoir veillé à montrer les convictions des uns et des autres et leur “inconciliabilité”, l’accusant de n’avoir pas choisi son camp et d’avoir renvoyé dos à dos les progressistes comme les conservateurs. « Exprimer des doutes quant à notre société libérale ne signifie en aucun cas que je défends une société conservatrice. Cela signifie simplement que j’ai davantage confiance dans la capacité de la société progressiste à faire son autocritique », s’est-il défendu en conscience.

Cristian Mungiu a écrit d’après une histoire vraie, qui a défrayé la chronique sociale et judiciaire en Norvège, une histoire renvoyant à d’autres faits divers du même type, au Danemark, en Suède, concernant des familles d’exilés. Dans Fjord , une famille traditionaliste roumaine, corsetée dans sa pratique religieuse rigoriste – tout écart est faute, puis punition, contrition, pardon – arrive dans un bourg isolé, au fin fond d’un fjord de Norvège, le pays dont l'épouse est originaire. À une installation douce, cordiale, tolérante, vont succéder un rejet et une mise au ban. Tous les enfants sont placés en foyer, en raison de la suspicion d’une éducation maltraitante après la découverte d’ecchymoses sur le corps de l’aînée adolescente, par l’école qui en fait le signalement aux autorités. Le petit dernier, un nourrisson, est arraché à sa mère qui l’allaite.

Où est la violence ? Au sein de cette famille ? Au sein des institutions qui prétendent protéger ses enfants ? Le scénario de Fjord fait du doute son moteur, pour montrer que le fondamentalisme n’est pas seulement religieux, contre toute évidence et apparence, et qu’il peut y avoir du dogmatisme à imposer de manière inflexible, brutale et déshumanisante une vision sociale, même laïque et parée des meilleures intentions, et que certaines règles contrecarrent en réalité l’apparente pacification que poursuit une société de raison.

Dans Fjord , drame glaçant comme l’est la nature alentours, figée dans des neiges et des brumes superbement filmées par le chef opérateur Tudor Panduru, même le bien n’est donc pas certain. Il y a de l’inconfort et du malaise dans cette vision que Cristian Mungiu assume avec un certain courage.

À lire aussi : L’entretien du dimanche.

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