Les rumeurs qui ont changé le monde 10/10 : "La fin du monde approche"
La fin du monde a été annoncée d'innombrables fois. En 2012, rebelotte ! L’antique calendrier maya prendrait fin précisément le 21 décembre. Cette rumeur a-t-elle vraiment été prise au sérieux ? Doit-on parler de fin du monde ou de fin d'un monde ? Que racontent réellement ces récits ?
Historienne des images, spécialiste des imaginaires scientifiques/de science-fiction
Le 21 décembre 2012, tous les journaux télévisés ou radio ne parlent que de ça. L’antique calendrier maya prendrait fin précisément à cette date. Que se passera-t-il ensuite ? Personne ne le sait vraiment. La petite ville de Bugarach attire les badauds. Selon les théories les plus folles qui se partagent abondamment sur les réseaux sociaux et les médias, elle constituerait par sa nature géologique une nouvelle arche de Noé.
Mais n’y a-t-il pas là une rumeur dans la rumeur ? La fin du monde de 2012 a-t-elle vraiment fait souffler un vent de panique sur la Terre entière ? Ressemble-t-elle aux annonces et surtout aux récits de fin du monde qui ont jalonné notre histoire, nourri la littérature et rempli nos salles de cinéma ? Et finalement, se raconter la fin du monde n’est-il pas un moyen de s’en prémunir ? “La fin du monde approche” : c’est la rumeur que nous allons détricoter dans l’heure qui vient.
Alexandra Delbot s'entretient avec Jean-Noël Lafargue, enseignant à l'école d'art et design du Havre, auteur du livre Les fins du monde de l'Antiquité à nos jours , paru en 2012 aux éditions François Bourin, ainsi qu'avec Fleur Hopkins-Loféron, historienne des images, spécialiste des imaginaires scientifiques et de science-fiction et chroniqueuse dans l’émission Mauvais genre sur France Culture.
Jean-Noël Lafargue souligne que les récits de fin du monde sont souvent des réécritures de mythes très anciens, notant qu'il "existe vraiment un lien direct entre l'histoire de Noé et celle de Gilgamesh", où l'arche et le déluge servent déjà de base à la fiction de survie. À l'époque moderne, ces croyances se sont transformées en un mélange de rumeurs et de spiritualités alternatives.
Fleur Hopkins-Loféron explique que la rumeur de 2012 est née d'un "syncrétisme où se mélangent à la fois tous ces enseignements d'Orient, de théosophie et de théories New Age" . Elle précise également que, d'un point de vue étymologique, l'apocalypse n'est pas seulement une destruction, mais "plutôt la fin d'un monde" , ouvrant la porte à un nouveau cycle ou à une société différente.
Concernant les prédictions scientifiques sur l'épuisement des ressources, Jean-Noël Lafargue observe que "toutes les courbes sont pour l'instant respectées selon ce qui a été prévu par les rapports des années 70" , suggérant un déclin inévitable de notre modèle industriel. Dès lors, la fiction contemporaine ne se contente plus de mettre en scène la catastrophe, mais s'intéresse à la reconstruction sociale et à la place de l'humain dans la nature.
Dans cette optique, Fleur Hopkins-Loféron indique l'émergence de récits qui proposent de "décentrer l'écriture" , favorisant ainsi des "fins du monde relativement heureuses" où l'animal y trouverait notamment une place centrale.
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