Alberto Nuñez Feijoo, le "Ciotti espagnol" ? Portrait d’un modéré prêt aux extrêmes pour renverser Pedro Sanchez
Cette fois, il touche au but.
Alberto Nuñez Feijoo a de sérieuses chances de prendre les rênes de l’Espagne au soir des législatives anticipées du 29 novembre.
A 65 ans, le leader de la droite ibérique entend enfin tenir sa revanche sur le scrutin amer de 2023 : à l’époque, sa formation de droite, le Parti populaire (PP), était arrivée première.
Mais les résultats avaient été si serrés que le socialiste Pedro Sanchez avait réussi à se maintenir au pouvoir en construisant une majorité fragile, avec les indépendantistes basques et catalans.
Porte-parole de la campagne du PP qui a démarré sur les chapeaux de roue, sur fond de crise du logement et de crise migratoire dans l'enclave de Ceuta, Borja Semper estime que le parti tient là sa "dernière chance" de revenir au pouvoir et qu’il ne "peut pas se permettre d’échouer".
Pour le moment, les sondages promettent au PP d’arriver à nouveau en tête, avec 32 % d’intentions de vote, contre 25 % pour le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), et d’obtenir une majorité absolue… à condition de s'allier avec Vox.
Le parti d’extrême droite, crédité de 19 % des suffrages, pourrait doubler son nombre de députés, imposant l’idée qu’une alliance entre droite et extrême droite est désormais inéluctable.
"Dans le monde idéal de Feijoo, le PP aurait la majorité absolue pour gouverner en solo, avec l’appui de quelques partis régionaux de droite, estime Guillermo Fernandez Vazquez, maître de conférences en sciences politiques à l’université Charles III de Madrid.
Hélas pour lui, la montée de l’extrême droite dénature complètement son projet politique et l’a déjà conduit à lever malgré lui le cordon sanitaire dans plusieurs communautés autonomes d’Espagne." Un dirigeant trop timoré pour Vox ? Alberto Nuñez Feijoo a pourtant longtemps cultivé une image de centriste pondéré.
Il prône "l’apaisement" dans un pays que, d'après lui, les agissements de la gauche et de l’extrême gauche ont rendu "infantile" et "imprévisible" depuis 2018.
"L’ennui, c’est que les dirigeants de Vox détestent profondément le genre de droite qu’il représente.
Ils l’assimilent à Mariano Rajoy [NDLR : Premier ministre de 2011 à 2018], à qui ils reprochaient d’être beaucoup trop timoré sur le nationalisme, la baisse des impôts, les indépendantismes basque et catalan, et les lois mémorielles destinées à réconcilier l’Espagne avec le passé douloureux de la dictature franquiste", souligne Guillermo Fernández Vázquez.
C’est précisément sous le gouvernement Rajoy, en 2013, que Vox est né d’une scission au sein du PP.
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