"On ne peut pas se permettre d’attendre la présidentielle" : l'alerte de l’économiste Antoine Levy face à la crise de la dette
Il fait partie des économistes qui, depuis plusieurs années, ont alerté sur les risques d'une crise de la dette , ferraillant depuis la Californie contre ceux qui tentèrent de minimiser le problème.
Professeur à la prestigieuse Haas School of Business au sein de l'université de Berkeley, Antoine Levy ne fait preuve d'aucun triomphalisme alors que les taux d'intérêt sur les titres de dette grimpent et que la France se retrouve particulièrement ciblée, tout en ne bénéficiant pas de la croissance liée à l'IA comme d'autres pays.
Pour L'Express, l'économiste explique pourquoi l'heure est grave, mais assure que la crise peut toujours être évitée à condition de ne pas attendre jusqu'à l'élection présidentielle , en prenant des mesures fortes et rapides, avec une réduction de l'ordre de 80 milliards des dépenses publiques.
Mais alors que les doléances ne cessent de se multiplier, des lycéens aux automobilistes, il constate aussi un décalage inquiétant "entre une demande sociale toujours plus grande d'intervention publique, et la nécessité d'un ajustement budgétaire".
Entretien.
L'Express : Les taux d’intérêt montent partout.
En quoi la France est-elle plus exposée que les autres ? Antoine Levy : Nous sortons d’une période d’abondance du capital, du fait d’un excès d’épargne mondiale, notamment en Asie et en Europe.
Ce capital ayant trouvé peu d’endroits où s’investir, il recevait en contrepartie des rendements extrêmement faibles, voire négatifs, y compris sur les dettes publiques.
Cette période s’achève pour plusieurs raisons.
La première, la plus évidente, ce sont les besoins d'investissement en intelligence artificielle.
Mais c’est aussi un effet du vieillissement démographique à l’échelle mondiale.
La génération qui avait beaucoup épargné se retrouve à consommer peu à peu cette épargne alors qu’elle sort de la population active.
Il y a ainsi en même temps une hausse de la demande de capitaux du fait de l’IA, des besoins d’investissement dans la défense ou dans l’électrification, et une raréfaction de l’offre de capitaux disponibles.
Automatiquement, les taux d’intérêt remontent.
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