"Il n'échappe pas aux stéréotypes" : pourquoi votre prénom peut peser sur votre carrière
Joan Crawford, Whoopi Goldberg, Ben Kingsley et Jamie Foxx auraient-ils un jour remporté un Oscar s’ils avaient continué à se faire appeler Lucille Fay LeSueur, Caryn Elaine Johnson, Krishna Bhanji et Eric Marlon Bishop ? Nul doute que leur talent aurait pesé, mais peut-être leur prénom ou leur nom, facteurs en apparence anecdotiques, auraient-ils pu compliquer leurs chances de réussir à Hollywood.
"Dès que j’ai changé de nom, j’ai obtenu des rôles", racontait Ben Kingsley au Radio Times en 2016.
Un prénom ou un nom ne fait ni ne défait une carrière mais, comme le suggère la littérature scientifique, il peut parfois jouer un rôle insoupçonné.
En matière de recrutement , mais pas seulement.
Premier cas, malheureusement tombé dans le domaine de l’évidence : la discrimination du fait des origines.
Dans une étude publiée en 2004 dans l’ American Economic Review , les professeurs Marianne Bertrand et Sendhil Mullainathan, ont envoyé des CV fictifs comparables en réponse à des offres d'emploi à Boston et Chicago, dans différents secteurs d’activité.
Les CV portant des prénoms perçus comme blancs, tels qu’Emily ou Greg, recevaient 50 % de rappels supplémentaires pour un entretien que ceux mentionnant des prénoms à consonance afro-américaine, tels que Lakisha ou Jamal.
Plus cocasse, relèvent les deux auteurs : "Les entreprises ayant des contrats avec le gouvernement fédéral ainsi que celles qui indiquent dans leur annonce être des employeurs garantissant l’égalité des chances discriminent autant que les autres." Même chose s’agissant du nom de famille.
Une étude canadienne de 2011 sur l'accès à l'emploi des immigrés qualifiés parue dans l' American Economic Journal , a constaté qu’à formation et expérience comparables, le simple fait de remplacer un nom à consonance anglaise par un nom indien, pakistanais ou chinois faisait chuter de 28 % les chances d’être rappelé par un employeur.
Interrogés après coup, certains ont dit craindre que les candidats étrangers maîtrisent mal l’anglais.
Argument a priori recevable, si ce n’est que l'auteur de l'étude avait pris les devants : sur certains CV, il avait mentionné la maîtrise de plusieurs langues, mais cela n'a pas augmenté les rappels des candidats portant un nom étranger.
La "fluidité de traitement" Autre facteur, plus surprenant : la facilité à prononcer le nom complet.
C’est ce qui ressort d’une étude sortie en 2024 dans l’ American Economic Journal qui a analysé les CV et les premiers emplois de 1 510 jeunes docteurs en économie.
Les chercheurs ont noté que plus un nom est difficile à dire, plus faible est la probabilité de décrocher un poste académique.
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