L’un fut enfermé, l’autre n’a régné que quelques mois : ces rois « fainéants » ont précipité la chute de deux dynasties
Childeric III et Louis V ont plusieurs points communs. Ils ont été tous les deux rois des Francs, respectivement de 743 à 751 et de mars 986 à mai 987. Tous les deux sont les derniers représentants de leur dynastie respective : les Mérovingiens et les Carolingiens. Et tous les deux ont hérité dans l’histoire du titre peu glorieux de fainéants, soit ceux qui n’ont rien fait.
Childéric III partage ce titre avec quelques-uns de ses prédécesseurs, les Mérovingiens qui ont régné de 675 à 751. Ils ont été présentés ainsi par la dynastie carolingienne… pour les discréditer, l’histoire étant écrite par les vainqueurs. Les chroniqueurs capétiens en feront de même quelques années plus tard pour qualifier Louis V de dernier Carolingien…
Mais sont-ils vraiment responsables de la disparition de sa dynastie ? À lire Bruno Dumézil, dans La France des Gaulois aux Carolingiens (PUF) , pas vraiment. Il s’agit plutôt de l’aboutissement d’un long processus qui dépasse les deux protagonistes….
Prenons d’abord Childéric III, lointain héritier du glorieux Clovis. Quand il arrive sur le trône, en 743, le pouvoir royal mérovingien est largement affaibli. Tout le monde a retenu que Charles Martel a arrêté les Arabes en 732 dans les environs de Poitiers. Ce Charles-là n’était pas roi, juste « maire du Palais », l’un des plus hauts dignitaires du royaume, son monarque officiel étant Thierry IV. Comme s’il y avait deux rois en quelque sorte.
En 751, Pépin le Bref, fils de Charles Martel, qui avait lui-même placé le fameux Childéric III sur le trône en 743, car il estimait manquer encore de légitimité, le dépose avec la bénédiction du pape. Le roi fantoche sera tonsuré et enfermé un temps dans l’abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer, avant de mourir en 755. Il laisse un fils, Thierry, dont on perd la trace. Les Mérovingiens ont vécu… mais il ne faut pas voir dans la prise de pouvoir de Pépin le Bref un véritable coup d’État : sa famille, Les Pippinides, avait assis sa puissance au fil des décennies précédentes…
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La même mésaventure se reproduira chez les Carolingiens. Car si on garde l’image de la puissance de Charlemagne, les choses se sont vite gâtées après sa mort. L’empire est partitionné en 843, avec le traité de Verdun : la Francie occidentale, l’ancêtre de notre France actuelle, voit le jour. Mais pendant que le royaume est sujet aux raids vikings du IX e siècle, une aristocratie franque émerge. Elle pose de plus en plus de conditions, participant ainsi à l’affaiblissement royal.
Ainsi, le Capitulaire de Coulaines indique qu’un comte ne peut être destitué. En 888, à la mort de Charles III le Gros, les grands du royaume décident d’élire Eudes, qui n’est pas un descendant de Charlemagne. Les Robertiens et les derniers Carolingiens alterneront ensuite la charge de monarque pendant le X e siècle, jusqu’à l’éphémère règne de Louis V.
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