« Marie-Jo et ses deux amours » : Ariane Ascaride déchirante chez Guédiguian
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Robert Guédiguian, tout le monde connaît. Plus de trente années de cinéma, Marseille au cœur, la colère au poing, 2,7 millions d’entrées en France pour le seul « Marius et Jeannette », une bande de copains-acteurs dont il ne saurait se passer. A priori, ici, le titre dit tout, l’histoire d’une femme prénommée Marie-Jo qui est doublement amoureuse. Marie-Jo, c’est Ariane Ascaride, elle est mariée à Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan est son amant. Et les deux hommes de sa vie, Marie-Jo les aime autant l’un que l’autre.
Ce pourrait être une comédie draguant sur le boulevard, un drame de la jalousie bien épais, non, Guédiguian en a fait un mélodrame. Le mot est à retenir. Et qu’est-ce qu’un mélodrame ? Définition possible : une tragédie chez les humbles. On le reconnaît bien là, Guédiguian. Ce dont peut-être on ne se doute pas, en revanche, c’est à quel point le film révèle une facette méconnue de la personnalité du cinéaste. Qui se laisse aller au lyrisme, ose des scènes insensées, filme l’amour dans toute sa nudité, candeur et cruauté mêlées, avec tous ses excès. La passion, c’est cela, sans doute.
Alors, Robert Guédiguian a toutes les audaces, il entraîne ses interprètes, fait chanter à Ariane Ascaride, malheureuse comme les pierres, une chanson de Serge Lama, montre la fille de l’épouse infidèle (Julie-Marie Parmentier, une nouvelle fois éblouissante) crachant son mépris au visage de cette mère qu’au nom d’une morale qui n’est pas la sienne elle juge indigne, fait se débattre Darroussin dans les pièges obscènes de la jalousie. Avec éclat, en allant jusqu’au bout de ce mélo qu’il a voulu flamboyant et déchirant, sans atermoiements ni faux-semblants.
Si références il faut trouver, c’est du côté de Douglas Sirk et de Fassbinder. Rien que ça ? Oui, mais tout ça. Si l’on ajoute que Guédiguian accepte enfin de mettre au service de son film tout ce que le cinéma peut lui offrir (les images de Renato Berta sont magnifiques), on mesure peut-être un peu mieux pourquoi « Marie-Jo et ses deux amours » a surpris lors de sa sortie.
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