70 ans après la mort de Brecht : le chercheur Olivier Neveux constate "une inflation de théâtre politique"
Le 14 août 1956 disparaissait Bertolt Brecht, reconnu comme l'un des plus grand dramaturge du XXe siècle. Olivier Neveux, auteur de l'essai "Brecht et les mauvais Temps Nouveaux", revient sur la carrière et les héritages de cette légende du théâtre.
Professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon.
Bertolt Brecht nous a légué une oeuvre riche de près de 48 pièces de théâtre, plus de 1000 poèmes et une cinquantaine de projet de films. Le point commun à cette immense production artistique : l'engagement marxiste et antifasciste. Né en 1898 et mort en 1956, Brecht a en effet connu les ravages des deux Guerres mondiales, l'ascension du fascisme et du nazisme, la violence de l'exil politique et la douleur de la reconstruction. D'après Olivier neveux, alors que le fascisme remonte en puissance, il devient difficile de faire l'impasse sur Brecht après des années de disgrâce.
Lorsqu'il débute sa carrière de dramaturge dans les années 1920, Brecht note immédiatement les limites du théâtre marxiste de son temps alors dominé par la figure de Erwin Piscator et Max Reinhardt. Inscrit sur la liste noire du NSDAP puis exilé d'Allemagne après l'arrivée de Adolf Hitler au pouvoir en 1933, Brecht veut créer un théâtre politique susceptible de mettre en lumière les moteurs historiques qui ont conduit au nazisme. Il travaille tout au long de sa carrière à l'élaboration de ce qu'il appelle "le théâtre épique" qui bouleverse complètement les codes de la dramaturgie et de la mise en scène. Son principe phare est la "distanciation" ( Verfremdung ), qui vise à faire prendre conscience au spectateur de l'étrangeté d'un phénomène qui lui parait familier en le plaçant en position d'observateur. Pour Olivier Neveux, ce principe est indissociable de l'engagement marxiste de Brecht car il a la conviction qu'il peut désaliéner son audience de cette façon en lui exposant les mécanismes de la lutte des classes. Sa pièce La Résistible Ascension d'Arturo Ui déplace par exemple les mécanismes de la montée de Hitler au pouvoir dans un groupe de gangster à Chicago.
"La résistible ascension d’Arturo Ui" de Brecht, lu par Johann Chapoutot
Avec Brecht et les mauvais temps nouveaux , Olivier Neveux propose de renouveler le théâtre politique contemporain en mobilisant les outils du théâtre brechtien. Il observe en effet de nombreux artistes, de Christiane Jatahy à Angélica Liddell , utiliser les pratiques de la distanciation, de la parabole ou du rejet de la mimesis . Le constat est clair : même si ces artistes ne se revendiquent pas nécessairement brechtiens, Brecht revient sur le devant de la scène et s’impose comme une figure incontournable de la transformation du théâtre politique à l’heure de la montée du fascisme.
Poétiques du réel, avec Christiane Jatahy et Jaha Koo au Festival d'Avignon
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