Pour éviter que la ligne ne soit coupée, il tente de sauver des cabines téléphonique isolées… en appelant des inconnus
« Je dirais que ce qui m’intéresse le plus, ce ne sont pas les cabines téléphoniques en elles-mêmes… C’est vraiment une histoire de communication, entre les gens, et de réflexion autour de la façon dont on valorise certains aspects de notre patrimoine… »
William Arnold n’a pas oublié ce jour de 2022 où, arpentant l’île de Lewis & Harris, sur la côte ouest de l’Écosse, il a voulu prévenir sa compagne de son retard. « Mon téléphone portable n’avait pratiquement plus de batterie… C’est alors que je suis tombé sur une cabine téléphonique qui avait l’air en parfait état et qui m’a semblé idéale pour me tirer d’affaire, confie-t-il à l’édition du soir . Hé bien non, elle ne fonctionnait pas, la ligne avait été coupée ! » La déception, la colère même, que ce Britannique a alors ressenties l’ont poussé, dès lors, à prêter davantage attention à ces cabines rurales : « Chaque fois que j’en voyais une, j’allais vérifier si elle fonctionnait toujours. Et je passais un appel… »
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Cet artiste photographe, enseignant universitaire, s’est tant et si bien pris au jeu qu’il a commencé à poster, sur son compte Instagram, le numéro de téléphone de la cabine dans laquelle il allait se rendre - ainsi que l’horaire auquel tenter de l’y joindre. « J’y restais une demi-heure, parfois une heure, à discuter avec les gens qui prenaient la peine de téléphoner », rembobine-t-il.
Bientôt, le jeu est devenu une quête à part entière, un fil rouge. Lorsqu’il participe à une résidence d’artiste sur l’île de Mull, en août 2023, il décide de photographier, au Polaroïd, chacune des 23 cabines téléphoniques de la région. Il constate alors, effaré, qu’il n’était plus possible de passer un appel que dans cinq d’entre elles…
Et pour cause. Selon un porte-parole de British Telecom (opérateur historique britannique de télécommunications) cité par la BBC , seules 9 000 cabines téléphoniques sont toujours en service, au Royaume-Uni, contre 20 000, il y a seulement deux ans. « Il y en avait 100 000 au début du siècle, abonde William Arnold. Et en 2022, c’est-à-dire, il n’y a pas si longtemps, 5 millions d’appels étaient encore passés depuis ces cabines… Ça me paraît dingue à cette époque : c’est la preuve qu’il n’y a pas que moi qui les utilise ! »
Il explique : « Elles fonctionnent même en cas de coupure d’électricité. Je vis dans une zone des Cornouailles qui ressemble à la Bretagne par bien des aspects et la couverture mobile n’est pas idéale partout… Sans parler de cette tempête que nous avons eue, cet hiver, et à cause de laquelle les cabines téléphoniques restaient, par endroits, le seul moyen de communication encore utilisable… »
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Le grand public délaisse toutefois trop ces équipements pour assurer leur maintien, mesure-t-il. Entretenir ce réseau de cabines coûte cher à British Telecom, d’autant que le secteur, privatisé dans les années 1980, est devenu concurrentiel.
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