"C'était donc possible" : il y a 70 ans, le peuple hongrois se soulevait contre la tutelle de Moscou
Cet article a été publié pour la première fois dans L'Express du 2 novembre 1956.
Enveloppe dans la brume qui monte du Danube et dans la fumée d'incendies mal éteints, Budapest n'entendait plus, mercredi matin, que le bruit sec et discontinu de fusillades isolées.
L'artillerie s'était tue ; on n'entendait plus le bruit sinistre des chenilles des chars T-34 et T-54.
Sur le boulevard Rakosi, où les insurgés victorieux liquident les dernières poches de résistance, tenues par l'A.V.H. (les redoutables forces de sécurité, S.S. du régime renversé), un drapeau rouge-blanc-vert recouvre un corps.
C'est le cadavre d'une fille de quatorze ans.
Mardi après-midi, armée d'un "cocktail Molotov" (simple bouteille d'essence), elle avait attaqué un convoi d'artillerie motorisée soviétique.
Le premier véhicule du convoi a explosé.
Transformée en torche humaine, la jeune fille est morte.
Sur le drapeau, un petit carton : "Ton sacrifice n'aura pas été vain." Il est possible maintenant de reconstituer la genèse du mouvement et son développement, jour après jour.
Mardi : l'armée avec nous Des milliers d'étudiants, y compris les élèves de l'Institut Marx-Engels, défilent à Budapest, aux cris de "Nous voulons Nagy ! A bas Gerö ! Les Russes à la porte !" Encouragé par la victoire de Gomulka en Pologne (l'alliée historique du nationalisme hongrois), le mouvement s'amplifie par la participation des organisations ouvrières.
Gerö, secrétaire "stalinien" du P.C., met le feu aux poudres en traitant les manifestants de "provocateurs" et de "racaille".
Une délégation d'étudiants se rend devant l'immeuble de la radio pour diffuser les revendications des manifestants.
La police politique la laisse passer.
Mais la délégation tarde à sortir.
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