Quand l'Amérique produit 100 dollars, les travailleurs reçoivent 52,90 dollars: pourquoi cette part du gâteau n’a jamais été aussi faible depuis 1947 (contrairement à la France)
Les travailleurs américains reçoivent une part de moins en moins importante de la richesse produite. Engagée depuis les années 2000, cette tendance s'accentue. La part du gâteau perçue par les travailleurs américains n’a jamais été aussi faible depuis l’après-guerre, tandis que les profits des entreprises grimpent. Au deuxième trimestre, les travailleurs ont perçu 52,9% de la richesse produite aux États-Unis, soit le niveau le plus bas depuis 1947, selon les données du service statistique du ministère du Travail américain (BLS).
Schématiquement, cela signifie que lorsque l’économie américaine génère 100 dollars, les travailleurs reçoivent 52,9 dollars en salaires ou en avantages sociaux, contre une moyenne de 62,4 dollars dans les années 1980. Avec un périmètre différent, le Bureau of Economic Analysis, l'agence fédérale chargée des statistiques macroéconomiques estime de son côté cette part du travail à 60% du revenu national.
“Où va cet argent? Une bonne partie se retrouve dans les marges bénéficiaires des entreprises”, ajoute-t-il. Sur la même période, les profits des entreprises américaines ont atteint 4.120 milliards d'euros avant impôts sur la même période, soit 18% du revenu national, note le quotidien britannique en se fondant sur les données du Bureau of Economic Analysis. Là aussi, ce niveau n’avait pas été observé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
"On observe une préférence marquée pour le capital au détriment du travail, les bénéfices revenant principalement aux actionnaires et non aux employés", constate aussi Heather Long, économiste en chef de Navy Federal Credit Union, dans une note de S&P Global .
Cette diminution de la part du travail dans la production économique accentue une tendance lourde outre-Atlantique. D’un côté, les Américains dont le patrimoine est largement investi en actions peuvent profiter de la très forte progression de la Bourse et donc de leurs revenus du capital. Sur un an, le S&P 500, le principal indice de Wall Street, est en ainsi hausse de 18,9%.
De l'autre côté, les Américains dont les revenus sont surtout issus de leur travail doivent affronter un climat nettement plus morose, plombé par la flambée des prix de l’énergie . Une fois décomptée la hausse des prix, le salaire horaire moyen a diminué de 0,2% sur un an, selon les dernières données du service statistique du ministère du Travail américain. Et cette tendance risque de se poursuivre tant que la productivité et les prix augmenteront plus rapidement que les salaires.
Pour expliquer cette répartition moins favorable aux travailleurs, certains observateurs regardent du côté du boom de l'intelligence artificielle même si ses effets sont à confirmer. L'automatisation de certaines tâches peut en effet permettre à certaines entreprises d'accroître leur production sans augmenter leurs effectifs ni faire grimper les salaires.
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