L'Inde ne veut plus seulement fournir les matières premières mais poser son nom sur les flacons: le géant asiatique transforme son héritage olfactif en parfumerie de niche avec des créations de plus en plus convoitées
De Kannauj, berceau ancestral des parfums huileurs (les attars) aux jeunes marques comme Rahasya et Ruhveda, une nouvelle génération transforme les savoir-faire et les récits du sous-continent en parfums destinés au marché mondial. Une ambition portée par l’essor du luxe indien et l’intérêt croissant des consommateurs pour les fragrances de niche. Il y a quelque chose d’assez ironique dans l’histoire de la parfumerie indienne. Pendant des siècles, l’Inde a fourni au monde certaines de ses matières les plus précieuses : rose, jasmin, vétiver, santal, épices, oud… mais, lorsqu’il s’agissait de raconter le parfum, de construire une marque et de lui donner une aura internationale, la parole revenait généralement à Paris, Grasse, Londres ou New York. Mais, une nouvelle génération de maisons, portée par des locaux, entend désormais vendre autre chose que des matières premières : une véritable vision indienne du parfum.
En effet, avec des marques de niche comme Rahasya et Ruhveda, récemment repérées par Selfridges et Sephora, la parfumerie indienne commence à conquérir les rayons internationaux et à séduire les amateurs de fragrances singulières. Un mouvement qui accompagne la montée en gamme de la consommation indienne et une évolution plus profonde du luxe où le produit local devient progressivement désirable à l’échelle mondiale.
L’attrait international pour l’olfactif indien n’est pas nouveau puisque depuis longtemps, les maisons occidentales puisent dans les matières premières et les récits du sous-continent. Lancé par Guerlain en 1925, le parfum Shalimar en est sans doute l’exemple le plus célèbre : inspiré par les jardins de Shalimar, à Lahore et par l’histoire d’amour entre l’empereur moghol Shah Jahan et Mumtaz Mahal, le parfum a durablement installé la vision d’une Inde sensuelle, opulente et mystérieuse.
Mais cette vision était racontée depuis Paris, à travers les codes occidentaux de l’exotisme. Un siècle plus tard, l’intérêt pour le santal, le jasmin, le vétiver, les épices et les huiles parfumées demeure intact, mais c'est l’origine du récit qui change. Désormais, les maisons sud-asiatiques ne se contentent plus de fournir les ingrédients (ou l’inspiration), mais entendent bien raconter elles-mêmes leur culture.
Et, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon la société de conseil Technavio , le marché indien du parfum devrait enregistrer une croissance de 3,8 milliards de dollars entre 2026 et 2030, portée notamment par l’essor des soins personnels, l’influence des millennials et la montée en puissance des parfums de niche. Au-delà des chiffres, ce sont surtout les comportements qui évoluent. En effet, les jeunes consommateurs découvrent les maisons artisanales, superposent les fragrances et se constituent une véritable "garde-robe olfactive".
Bien avant que Grasse ne s’impose comme la capitale mondiale de la parfumerie , l’Inde distillait déjà ses fleurs. Dans l’Uttar Pradesh, la ville de Kannauj, surnommée "la capitale indienne du parfum", produit notamment de l’attar de rose selon l’un des plus anciens procédés de fabrication de parfum encore pratiqués au monde.
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