La haine antisémite, un levier encore puissant dans le paysage politique européen
Dans la salle du Festival de la fiction et du documentaire politique de La Baule, Anne Sinclair présente Antisémitisme : une haine toujours en mouvements , le film co-écrit avec Denis Olivennes et Gabriel Le Bomin.
Un titre juste : l’antisémitisme a une morphologie à la fois pérenne et instable.
Il change de vocabulaire et parfois de camp.
À droite, le Juif cosmopolite, sans patrie, corrupteur de la nation.
À gauche, le banquier, le capitaliste, celui qui accumule et tire les ficelles.
Deux traditions ennemies qui finissent parfois par se rejoindre autour du même imaginaire : l’argent, le réseau, le pouvoir caché.
La généalogie de droite est connue : Drumont, Vichy, puis le Front national de Jean-Marie Le Pen .
A gauche, l’antisémitisme social du XIXe siècle s’est ensuite mêlé à l’antisionisme soviétique.
Après 1967 surtout, Moscou présente Israël comme l’avant-poste de l’impérialisme occidental et recycle de vieux motifs : cosmopolitisme, double loyauté, puissance occulte.
Cette grammaire irrigue alors les partis communistes et une partie de la gauche européenne.
Aujourd’hui, ces héritages se recomposent.
À droite, le revirement est spectaculaire.
Le Rassemblement national, héritier d’un parti marqué par les provocations antisémites de son fondateur, se présente désormais comme défenseur des Juifs de France et d’Israël.
Jordan Bardella est allé à Jérusalem et le RN fait de l’antisémitisme de la gauche radicale un thème central.
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