"Où est la limite ?" : l’ultra-trail face à la surenchère de la performance
Le soleil est déjà haut, en ce samedi de la fin de juin, quand les derniers appels sortent des enceintes, sur le parvis du port de Vannes.
Quelques coureurs se faufilent entre les supporters et s’alignent sur la ligne de départ.
Pour cette édition 2026 de l’Ultra-Marin, 175 kilomètres de trail autour du golfe du Morbihan, plus de deux mille athlètes ont répondu au rendez-vous et se tortillent désormais d’impatience, les yeux rivés sur les premiers kilomètres de course.
Dans la foule, les habitués et les sportifs professionnels toisent les nouveaux visages, plus jeunes, plus connectés, plus volubiles.
Chaque année, le tracé, un des plus appréciés avec l’ Ultra-Trail du Mont-Blanc et la Diagonale des fous sur l'île de la Réunion, attire son lot de curieux, des débutants toujours plus nombreux, pressés de goûter à l’ultra longue distance.
"Cela fait huit mois que j'y pense tous les jours", exulte Steven, trente ans, cheveux à ras et un rêve en tête : devenir "un finisher", faire partie des compétiteurs capables de terminer une course.
Coureur depuis à peine quelques années, le jeune homme s’est mis à rallonger ses entraînements à force que l'algorithme lui propose des vidéos de courses.
A peine le temps de nous livrer un pronostic - il pense boucler le tracé en moins de trente heures s’il ne s’écroule pas entre-temps - et déjà le peloton s'étire en direction des remparts de la vieille ville.
Une nuit et un jour de chemins creux, de talus, de ponts de pierre, de moulins à vent, de petits bois, de marécages, de corniches, de grandes routes, de mugissement de corne de brume et de "allez allez allez allez" attendent les coureurs assez fous pour s’engager dans cet impressionnant tour du golfe.
Mais comment tout cela va-t-il se terminer ? En plein essor depuis l’allongement des distances, initié dans les années 1990, l’ ultra longue distance sur chemin ( ultra-trail ) semble connaître un nouvel âge d’or, porté par un certain culte pour la performance et la mode sur les réseaux sociaux.
Mini-caméscopes juchés sur des perches télescopiques ou téléphones portables en mode selfie, de plus en plus de sportifs retransmettent leurs routines d'entraînement, leurs échecs et les exploits à venir.
Fleurant le bon filon, les équipementiers inondent le secteur de partenariats pour placer chaussures, gilets à poche, et capteurs cardiaques toujours plus techniques.
Si les stars de la discipline comme Kilian Jornet, Mathieu Blanchard ou Jim Walmsley ont bien sûr leurs contrats, les marques n’hésitent plus à sponsoriser les coureurs amateurs, voire à mettre au défi des influenceurs de se lancer à leur tour.
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