RENCONTRE. Le combat de Steffy Alexandrian, victime d’inceste, « pour protéger les enfants »
« Vous m’excuserez si je suis un peu speed… » Steffy Alexandrian nous reçoit entre deux rendez-vous dans son appartement parisien. À 29 ans, la jeune femme mène une vie à cent à l’heure, entre ses études de droit, sa vie de maman et son engagement associatif pour protéger les enfants des violences. Un besoin d’être partout, que l’on ne peut que comprendre chez celle qui, depuis petite, n’a cessé de « remettre [son] bateau » et celui de sa famille « à flot », malgré les tempêtes.
Cette aînée d’une fratrie de quatre enfants a grandi dans le sud de la France, au sein d’une « famille aisée », en apparence parfaite. Mais derrière la façade, le climat est violent. Son père, incestueux. Après des années à subir en silence, elle confie, à 11 ans, les agressions et viols qu’il lui fait subir à sa mère. Mais « isolée et sous emprise », cette dernière lui « ordonne de se taire ». Surtout, ne pas briser la famille.
La jeune fille est alors éloignée de l’école par ses parents qui lui font suivre des cours par correspondance. La machine judiciaire s’enclenchera deux ans après, lorsque son père avouera une partie des faits à un psychiatre. Mis en examen pour viol incestueux, il sera condamné en 2011 à trois ans de prison, dont un ferme pour agressions sexuelles, et conservera son autorité parentale sur ses autres enfants, qu’il reçoit « un week-end sur deux et pendant les vacances scolaires », sans surveillance particulière, souligne, amère, la jeune femme.
Placée pendant deux ans en foyer, celle qui est alors adolescente réussit tout de même à décrocher son baccalauréat. Tout en étant enceinte de sa fille, elle s’inscrit en prépa littéraire. Mais le répit est de courte durée. En...
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