"Désormais, la justice ne tuera plus" : en 1981, les députés français envoyaient la guillotine au musée
Cet article a été publié pour la première fois dans L'Express du 11 septembre 1981.
Le couperet de la guillotine ne tombera plus.
Les cours des prisons ne deviendront plus, à l'aube, des théâtres de mort.
Les Jurés des assises n'enverront plus de criminels à l'échafaud.
En France, désormais, la justice ne tuera plus.
Le projet de loi, déposé par le ministre de la Justice, Robert Badinter , approuvé le 26 août dernier par le Conseil des ministres, tient en deux phrases : "La peine de mort est abolie" ; "Elle sera remplacée par la réclusion criminelle à perpétuité".
Les députés se prononceront sur ce texte les 17 et 18 septembre.
Ces phrases lapidaires mettent un terme à deux siècles de débats philosophiques et moraux entre partisans et adversaires de la peine capitale.
Pour la première fois en France, un président de la République fait triompher sa conviction personnelle, contre une opinion encore en majorité hostile à l'abolition.
Avant les élections, François Mitterrand déclare à la télévision : "Dans ma conscience, je suis contre la peine de mort." Quatre jours après son installation à l'Elysée, il gracie Philippe Maurice, 24 ans, condamné pour le meurtre d'un policier, et dont le pourvoi en cassation vient d'être rejeté.
Nul doute, les députés de la majorité, dans le sillage du Président, voteront massivement cette loi.
Ceux de l'opposition, en revanche, seront plus divisés.
Certains se prononcent pour le maintien de la peine "dans les cas de crimes particulièrement odieux".
Mais Pierre Bas, R.p.r., un abolitionniste convaincu, qui dépose chaque année un amendement lors du vote du Budget en vue de supprimer les crédits affectés à la guillotine, estime que "ce sera un vote de conscience, comme pour l'avortement".
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