États-Unis: l’hécatombe des Amérindiennes sort progressivement du silence médiatique
Aux États-Unis, des milliers de femmes amérindiennes disparaissent ou sont assassinées dans une quasi-indifférence. Longtemps cantonné aux marges, ce drame commence à émerger dans l’espace médiatique, sans que le nombre de disparitions ne baisse ni que la colère des communautés ne retombe.
Début avril 2026, le FBI lance la quatrième campagne Operation Not Forgotten, centrée sur les affaires non résolues de violences dans les territoires amérindiens, avec un focus sur les disparitions et meurtres de femmes et d’enfants. Une réponse à la crise en cours concernant cette population.
Mais comme le résume la documentariste Sabrina Van Tassel, qui consacre son dernier documentaire Les Disparues à ce phénomène : « Les femmes amérindiennes ont toujours été assassinées, ont toujours disparu, et ça depuis le premier contact avec les colons ». Pocahontas — de son vrai nom Matoaka — en est l'un des premiers exemples : contrairement à la version romancée de Disney, elle a été enlevée par des colons anglais et ensuite mariée à un homme blanc.
En 2025, le FBI reçoit chaque année plus de 5 000 signalements de femmes autochtones disparues ou assassinées. Mais faute de données complètes, le nombre réel de femmes et de filles autochtones disparues ou tuées reste inconnu à l’échelle nationale, souligne l’ONG Centre national de ressources pour les femmes autochtones (NIWRC). Ces affaires sont aussi moins résolues que la moyenne : selon l’Urban Indian Health Institute, dans l’État de Washington, les populations natives représentent moins de 2% des habitants mais 5% des dossiers non élucidés.
De l'autre côté de la frontière, au Canada, on estime qu’entre 2009 et 2021, le taux d'homicide des femmes et des filles amérindiennes, métisses et inuites était six fois plus élevé que le reste de la population.
Derrière ces chiffres, une réalité quotidienne glaçante : « Chaque famille ou presque connaît une femme disparue ou assassinée », pointe Sabrina Van Tassel. Un phénomène massif, ancien, longtemps absent de l’espace médiatique et politique, qui commence à n’être évoqué que depuis le milieu des années 2010.
Ce phénomène contraste avec la médiatisation de certaines affaires impliquant des victimes blanches. Gaby Petito , une jeune Américaine blanche disparue en 2021 lors d’un voyage avec son compagnon. Son visage a fait le tour des écrans du monde entier. Pourtant, dans le Wyoming où Gaby Petito a été retrouvé, « on sait qu’il y a à peu près 710 Amérindiennes qui ont disparu, et personne n’est jamais allé les chercher », souligne Sabrina Van Tassel. En effet, entre 2011 et 2020, un rapport sur les disparitions d'Amérindiennes dans l'État, 710 autochtones ont disparus, dont 85% étaient mineurs.
Ce contraste illustre le « missing white woman syndrome » dénoncé par les militantes autochtones : l’attention disproportionnée accordée aux disparitions de femmes blanches, comparée au silence qui entoure celles des femmes racisées, notamment autochtones.
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