Yémen: la population prise au piège de l'escalade des combats
La tournure que prend la guerre au Yémen entraîne la population dans une crise humanitaire sans précédent depuis 2022. Les quelque 41 millions d'habitants de ce pays, le plus pauvre du Moyen-Orient, vivent dorénavant une situation des plus alarmantes et qui se détériore de jour en jour.
Les Yéménites n'en finissent plus de souffrir. Au 2 octobre 2026, 959 décès et 4 207 blessés ont été recensés dans dix gouvernorats du Yémen , selon le ministère de la Santé et de la Population. Auparavant, la guerre avait déjà fait plus de 377 000 morts directs et indirects et déplacé plus de 4,5 millions de personnes.
Les combats ont repris cet été entre les Houthis et les forces gouvernementales soutenues par l'Arabie saoudite, après quatre ans de calme relatif depuis le cessez-le-feu négocié sous l'égide de l'ONU en 2022. Ces nouvelles hostilités accentuent la tragédie dans laquelle est plongée la population depuis plus d'une décennie.
Avant cette nouvelle escalade, plus de la moitié de la population avait déjà besoin d’aide humanitaire , plus de 2,2 millions d’enfants de moins de cinq ans souffraient aussi de malnutrition aiguë et les soins de santé étaient alors inaccessibles pour près de 19 millions de personnes...
Mais des années de réduction des financements internationaux - le Plan d’intervention humanitaire pour le Yémen n’a été financé qu’à hauteur de 25% en 2025 et de 20% en 2026- ont fait du Yémen l’une des trois crises les moins financées au monde. « La situation des Yéménites reste oubliée de la communauté internationale, et c'est presque le constat le plus triste dans la situation actuelle. Une situation d'autant plus grave que les nouveaux besoins explosent », affirme Louis-Nicolas Jandeaux, responsable de campagne et plaidoyer humanitaire et financement du développement à Oxfam, ONG présente au Yémen depuis 1983.
« L’impact de ce dernier regain d’insécurité sur la situation de sécurité alimentaire risque d’être absolument dévastateur », a alerté le 2 octobre lors d'une conférence à Genève Matthew Hollingworth, directeur général adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM). Le Yémen importe environ 90 % de la nourriture qu’il consomme, ce qui le rend déjà très vulnérable. « La faim au Yémen s’accélère aujourd’hui sous nos yeux. » L'organisme des Nations unies essaie tant bien que mal de renforcer son action, « mais nous le faisons avec des ressources et des accès très limités », craignant « une crise de sécurité alimentaire bien plus vaste, au-delà de ses frontières ».
Pour le PAM, il faudrait 109 millions de dollars pour fournir une aide alimentaire et nutritionnelle d’urgence jusqu’à 1,5 million de personnes. Pour maintenir ses opérations régulières (aide alimentaire, transferts d’argent, soutien nutritionnel et repas scolaires) pour 2,4 millions de personnes jusqu’en mars 2027, il faudrait au PAM environ 158 millions.
Les combats qui ne cessent de s'intensifier entraînent également une hausse des blessés, accentuant la pression sur un système de santé déjà fortement fragilisé. Avant la dernière escalade, seuls 60% des hôpitaux étaient pleinement fonctionnels, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
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