"On arrive au bout de ce que l'on peut faire en matière de répression": cinq ans après le retour des talibans au pouvoir, les droits humains en recul en Afghanistan
Cinq ans après la reprise du pouvoir des talibans en Afghanistan, les ONG dénoncent la répression des femmes et des minorités ethniques dans le pays d'Asie du sud. Face à un système judiciaire "totalement effondré", le régime des fondamentalistes religieux multiplie les politiques discriminatoires. Le dimanche 15 août 2021, les talibans prenaient le palais présidentiel de Kaboul , alors que le président Ashraf Ghani fuyait le pays . Officiellement de retour au pouvoir, les fondamentalistes islamistes à l'origine de l'État islamiste d'Afghanistan appliquent depuis leur interprétation stricte de la charia, la loi islamiste. Plusieurs associations, comme Amnesty International, pointent du doigt l'état des droits humains dans le pays , où plusieurs groupes sont particulièrement discriminés et où la liberté d'expression est restreinte.
"Les Afghans et les Afghanes vivent dans une atmosphère de peur, au regard des nouvelles lois que les talibans mettent en place et du système répressif extrêmement fort", assure auprès de BFM Anne Savinel-Barras, présidente d'Amnesty International France. Elle explique que la répression vise "en premier lieu les femmes et les filles ", ainsi que les familles des femmes qui ne respectent pas la loi, mais aussi "les minorités ethniques et religieuses".
"Sur ces cinq années au pouvoir, quelque 470 décrets prononcés par les chefs talibans vont à l'encontre du droit des femmes et des filles. Il s'agit d'une situation de discrimination extrêmement forte, qui va toujours plus loin", dénonce-t-elle.
La présidente d'Amnesty International France cite un des derniers décrets promulgués, qui porte sur la dissolution d'un mariage - une procédure "maintenant extrêmement difficile". "On considère que, si une fillette est mariée étant enfant et n'a pas exprimé son non-consentement au mariage avant l'âge de 12 ans", alors elle a consenti au mariage et ne peut plus chercher à le dissoudre, explique-t-elle.
Autre illustration du recul du droit des femmes en Afghanistan: l'éducation des filles est devenue interdite une fois l'école primaire passée. Si l'interdiction est dite "temporaire" par les autorités, qui ont exclu les jeunes filles des établissements secondaires et des universités en 2022, l'ONU estime qu'au moins "un million de filles ont été directement affectées par les restrictions sur l'enseignement secondaire".
En Afghanistan, les femmes et les jeunes filles ne peuvent également plus se promener dans les parcs, doivent se calfeutrer chez elles pour ne pas être vues, sont exclues de nombreux emplois...
Les femmes, comme les minorités ethniques et religieuses, sont aussi discriminées dans la distribution d'aide humanitaire pourtant cruciale, ajoute Anne Savinel-Barras.
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