Face à Donald Trump, le Canada se tourne vers les armes européennes : les dessous d'un virage stratégique
Huit mille huit cent quatre-vingt-onze kilomètres de frontière commune finissent parfois par laisser quelques envies d’ailleurs.
Pour ses prochains achats militaires, le Canada regarde vers l’Europe, sans pour autant jeter ses avions par la fenêtre ni rayer Washington de son carnet d’adresses.
“Nous voulons être plus indépendants, plus résilients et moins dépendants de notre voisin du Sud”, résume à L’Express Stephen Fuhr, secrétaire d’État canadien à l’Approvisionnement de défense.
Il précise aussitôt : "Nous restons partenaires et amis.” La nouvelle idée est de “diversifier ses partenariats pour ne pas dépendre excessivement d’un seul pays".
Le calendrier pourrait difficilement être plus intéressant pour les industriels européens : Ottawa augmente brutalement ses dépenses militaires.
Selon Fuhr, il a fallu dix ans au Canada pour passer d’un peu moins de 1 % à 1,5 % du PIB consacré à la défense, puis seulement huit mois pour atteindre 2 %.
Beaucoup plus d’argent, donc, et beaucoup de matériel à acheter.
Seulement voilà : quitte à sortir le carnet de chèques, Ottawa aimerait qu’une bonne partie de la somme reste au pays.
"Si nous allons engager cet argent, faisons-en davantage au Canada lorsque nous le pouvons", explique Fuhr.
L’Europe peut donc garder le champagne au frais.
Le gouvernement de Mark Carney vise 70 % de ses acquisitions de défense attribuées à des entreprises canadiennes.
La formule paraît peu accueillante pour des géants comme Airbus , Safran ou Thales.
Elle l’est encore moins dans les petites lignes : au Canada, une entreprise canadienne peut appartenir à un groupe étranger.
"Cela peut être une filiale américaine ou européenne, dès lors qu’elle réalise directement le travail ici", précise Fuhr.
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