Les « batailles d’aura », ce phénomène né sur TikTok qui cartonne dans les rues d’Amérique latine
Deux adolescents se font face au milieu d’une foule compacte. Pas de coups, pas de rimes improvisées, même pas de danses chorégraphiées : chacun leur tour, ils ont quelques secondes pour prouver, par un regard, une pose ou un geste, qu’ils possèdent plus d’« aura » que leur adversaire. Bienvenue dans l’univers des « batailles d’aura », ou farmear aura en espagnol, un phénomène né sur le réseau social TikTok qui, depuis cet été, a quitté les écrans pour envahir places publiques et parvis de monuments à travers l’Amérique latine.
Le mot « aura » vient du jargon des jeux vidéo et de la culture manga. Dans des œuvres comme Dragon Ball ou Naruto , certains personnages sont entourés d’une aura visuelle, symbole de leur puissance ou de leur présence magnétique. Des communautés d’amateurs d’animes ont commencé à employer le terme pour décrire des personnages qui « en imposent » sans effort apparent. Le ninja Itachi ou le jeune Killua, dans Hunter x Hunter , sont souvent cités comme des archétypes du genre.
L’expression a basculé dans le langage courant en janvier 2024, lorsqu’un utilisateur de TikTok a légendé « Aura Farming » une vidéo où il enchaîne, avec une nonchalance déconcertante, un lancer de bouteille réussi puis un strike au bowling. Le succès de la publication, près de 2 millions de vues, a lancé l’expression dans la culture Web mondiale.
Elle a explosé un peu plus tard grâce à la vidéo d’un jeune Indonésien filmé en train de danser, impassible, à l’avant d’un bateau : la vidéo est devenue un mème (image détournée) planétaire, érigé en symbole du « sang-froid ultime ».
« Farmer » son aura, c’est donc accumuler, de façon purement symbolique, des « points de charisme » par une attitude, un geste ou une réplique bien placée. Rien de mesurable, mais tout le monde comprend, sur les réseaux, qui a « de l’aura » et qui « en manque ». Le terme peut aussi être employé avec ironie, pour se moquer de quelqu’un qui en fait trop pour paraître cool, on parle alors d’un « farming raté ».
Ce qui n’était qu’une « private joke » entre adolescents, une blague que seules des personnes qui se connaissent comprennent, est devenu, à partir de cet été, un spectacle bien réel. Le principe des « battles d’aura » est simple : il faut deux participants, parfois plus, qui s’affrontent devant un public en reprenant des danses virales , des mimiques de célébrités ou des scènes cultes d’Internet.
Il y a par exemple le saut « Siuuu » de Cristiano Ronaldo, une pose de super-héros, un regard glacial soutenu quelques secondes de trop, mais surtout le fameux « six-seven », ce geste de mains repris plusieurs fois par le pape Léon XIV.
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