Guerre au Moyen-Orient. Pénuries, insalubrité... le porte-avions Lincoln, symbole d’une armée américaine usée
Après plus de neuf mois de mission, le porte-avions nucléaire USS Abraham-Lincoln a quitté le Moyen-Orient, ramenant avec lui des soldats éreintés. Au-delà des stocks de missiles entamés et des difficultés opérationnelles, le conflit avec l’Iran révèle les limites de la stratégie de Donald Trump, contraint de redéployer des forces depuis l’Indo-Pacifique.
Le vernis étalé par l’administration Trump tend à s’écailler. Derrière les rodomontades présidentielles et les démonstrations de force, le conflit avec l’Iran commence à mettre à nu les fragilités et les lignes de tension de la première puissance militaire mondiale. Et le symbole, lui, flotte encore en mer. Après plus de neuf mois de mission et plus de 250 jours consécutifs sans escale - un record - le porte-avions nucléaire USS Abraham-Lincoln a enfin reçu l’ordre de quitter les eaux du Moyen-Orient pour regagner San Diego , son port d’attache, qu’il avait quitté en novembre dernier. Un retour qui sonne comme un soulagement pour les quelque 5 000 marins à bord.
Cabines surchargées et insalubres, fatigue extrême, manque de soleil, rations alimentaires réduites à peau de chagrin en raison des pénuries de produits frais, eau douce rationnée, plomberie hors d’usage… Et surtout, l’impossibilité de faire escale pour ce navire qui n’est pas conçu pour rester en mer aussi longtemps. « Les porte-avions américains ne peuvent pas toucher terre n’importe où, parce qu’ils sont nucléaires. Dans la région, ils n’ont qu’un seul point d’appui en eau profonde, à Souda Bay, en Crète », explique Jean-Marc Vigilant, spécialiste des questions militaires et de défense à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Depuis plusieurs semaines, les médias américains documentent les conditions de vie éprouvantes de ces soldats exténués. La détresse psychologique aurait d’ailleurs poussé plusieurs marins à tenter de sauter par-dessus bord , rapportent le Military Times et Stars and Stripes .
Si le Pentagone et le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, contestent fermement la description d’une « crise » à bord et qualifient ces informations de « totalement déformées », les familles des soldats et les démocrates ont, eux, sonné l’alerte. Le sénateur Richard Blumenthal, membre de la commission des forces armées du Sénat, a assuré que l’ USS Abraham-Lincoln n’était pas un « cas isolé » et réclamé l’ouverture d’une enquête. Car cet épisode est symptomatique de l’enlisement américain dans ce conflit au long cours. « Le problème n’est pas tant l’armée américaine que le cadre politique, analyse Jean-Marc Vigilant. Donald Trump n’avait pas prévu une escalade horizontale et régionale. Pourtant, les chefs militaires l’avaient prévenu… »
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