Blocus des lycées : inconnus de la police, scolarisés ailleurs… Enquête sur le profil des jeunes interpellés
Des horaires à rallonge, des dossiers par dizaines et un nombre de gardes à vue de mineurs à traiter multiplié par cinq dans certains parquets : depuis le début du mouvement lycéen et étudiant en France , une vague d’interpellations sans précédent donne du fil à retordre aux magistrats spécialisés, partout sur le territoire.
Selon les derniers chiffres communiqués par la chancellerie , le 9 octobre dernier, 6 877 individus avaient été placés en garde à vue depuis le début des manifestations, le 28 septembre, dont l’immense majorité (86%) avaient moins de 18 ans.
Environ un mineur sur trois a depuis fait l’objet de poursuites judiciaires, et près de trois jeunes sur dix ont bénéficié de mesures alternatives, consistant par exemple à des avertissements pénaux probatoires, des mesures de réparation pénale, des interdictions de paraître ou des travaux d’intérêt général.
En tout, un tiers de ces mineurs placés en garde à vue ont été déférés devant un magistrat - à tel point que dans certaines juridictions, les organigrammes ont été provisoirement revus pour traiter la masse de dossiers.
"Il y a des endroits où deux magistrats de déferrement sont désormais présents là où il n’y en avait qu’un il y a trois semaines, idem pour les magistrats de permanence", souligne Aurélien Martini, vice-procureur de Meaux et président de l’Union syndicale des magistrats (USM).
Face à cette foule de mis en cause, les procureurs d’une dizaine de parquets ont accepté de raconter à L’Express les différents profils qu’ils ont vu défiler à l’issue des mobilisations, dressant le portrait de manifestants souvent jeunes, primo-délinquants, jusqu’à présent inconnus des services de police et majoritairement lycéens - sans pour autant être toujours scolarisés dans les établissements devant lesquels ils ont été interpellés.
"Ne pas accroître les tensions" À Rouen, seuls trois majeurs ont par exemple été arrêtés lors de la première semaine du mouvement, sur les "15 à 20 gardes à vues quotidiennes liées aux manifestations", selon le procureur Sébastien Gallois.
La quasi-totalité n’avaient aucun antécédent judiciaire, et étaient accusés de faits aussi divers que la dissimulation de visages, la participation à un attroupement armé, la violence sur personnes dépositaires de l’autorité publique (PDAP) ou la rébellion.
"Ils étaient quasi-tous lycéens, sauf un collégien, mais étaient souvent interpellés ailleurs que devant leur propre établissement.
Les incidents les plus graves se sont déroulés lorsqu’il y avait des attroupements en marge des blocus, sans lien direct avec les revendications lycéennes ", expose le procureur.
À Bordeaux, 87 % des 148 gardés à vue en lien avec le mouvement sont également mineurs, le plus jeune étant âgé de 13 ans.
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