Aide à mourir : pour Mgr Matthieu Rougé, « la tristesse de la loi votée demeure »
Le Conseil constitutionnel a rendu le 14 août 2026 sa décision concernant la loi sur la fin de vie en France. Elle en valide le contenu global tout en exprimant trois réserves d’interprétation, dont l’une devrait permettre aux établissements privés de refuser son application en leur sein. Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, confie toutefois sa tristesse face à l’instauration de l’aide à mourir et sa volonté de poursuivre, sur le terrain, le combat en faveur de l’accompagnement des personnes vulnérables, dans la ligne des appels de Léon XIV, attendu en France le mois prochain.
Le Conseil constitutionnel a validé , ce vendredi, l’intégralité de la loi sur l’aide à mourir votée le 15 juillet par l’Assemblée nationale, tout en formulant trois réserves d’interprétation, qui devront s’inscrire dans la jurisprudence en droit français, et donc être prises en compte en cas de contentieux porté devant les tribunaux. Les sages indiquent notamment que les responsables d’établissements de santé privés pourront, à certaines conditions, s’opposer à ce que l’aide à mourir soit pratiquée dans leurs locaux.
Dans son communiqué accompagnant la décision, le Conseil estime que la loi ne saurait s’opposer « à ce que le responsable d’un établissement privé puisse refuser que la procédure d’aide à mourir se déroule dans ses locaux lorsqu’une telle procédure est manifestement contraire aux missions statutaires ou au projet de l’établissement » . Mais il précise que s’appliqueront les dispositions actuellement en vigueur pour l’interruption volontaire de grossesse : un établissement privé ne pourra refuser l’aide à mourir que si d’autres établissements sont en « mesure de répondre aux besoins locaux ».
Cette nuance apportée au texte semble répondre, en des termes toutefois assez restrictifs, à la demande des établissements catholiques de pouvoir assumer une « objection de conscience » face à cette loi ouvrant la possibilité du suicide assisté et de l’euthanasie. « La loi sera votée, maintenant, nous le savons. Mais nous devons absolument nous assurer que l’objection de conscience sera préservée pour les établissements de santé catholiques » , avouait une source du Vatican au début de l’été.
« La tristesse de la loi votée demeure » , confie aujourd’hui Mgr Matthieu Rougé . Selon lui, le choix opéré par le législateur, adopté à une majorité relativement courte, a marqué un changement profond : « L’aide à mourir l’emporte sur l’aide à vivre » , regrette–t-il. Un basculement dont la société, estime-t-il, ne mesure pas encore toutes les conséquences sur son rapport à la vie, à la mort, à la fragilité et au soin.
L’évêque de Nanterre relève néanmoins plusieurs avancées dans la décision du Conseil constitutionnel, notamment la vigilance renforcée à l’égard des mineurs protégés, la reconnaissance d’une objection de conscience pour les pharmaciens et la légitimation de la charte éthique des établissements qui refusent de pratiquer l’euthanasie.
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