« L’amour est dans le pré » : entre clichés et bons résultats, deux décennies d’une émission paradoxale sur M6
« Une pépite, un phénomène, un agriculteur avec un cœur en or comme on les aime. » Avant même la diffusion des portraits de la saison 21 de L’amour est dans le pré , Karine Le Marchand faisait déjà frémir l’émission en évoquant sa rencontre - filmée - avec Jean-Marie, un amical céréalier sexagénaire de Charente-Maritime , dont les talents d’accordéoniste enchantent les soirées. Une façon d’annoncer un millésime toujours plus « authentique » sur M6 .
Car depuis ses débuts, l’émission évolue comme un programme à part. Elle reste un mastodonte d’audience, qui a captivé en moyenne 3,43 millions de téléspectateurs l’an dernier et un million supplémentaire si l’on compte le replay. Un succès dû, en partie, à la place particulière qu’occupe le programme dans l’imaginaire collectif. Celle d’un format où le vrai s’imposerait malgré le filtre du petit écran, au contraire d’autres téléréalités .
« C’est une construction de l’hyper-authenticité qui joue autour des codes de la ruralité, quelque chose de finalement assez exotique. Il y a tout un narratif autour de la citadine qui arrive à la campagne qui a peur de mettre de la boue sur ses chaussures. Ça reprend les codes d’une forme d’immersion dans le monde agricole, qui a pu véhiculer le stéréotype de l’agriculteur isolé, prêt à tout pour trouver l’amour, très travaillé aux premières saisons avec des candidats un peu fantasques » , analyse Aziliz Kondracki, doctorante en anthropologie et co-autrice de l’ouvrage « Forever love, quand la téléréalité s’empare de l’amour » (Steinkis éd.).
Le programme ne manque pas de se revendiquer vitrine du monde agricole français, le vrai. Et l’image de Karine Le Marchand, venue distribuer des croissants aux agriculteurs lors d’un vaste mouvement qui a sillonné les routes en janvier 2024 en est l’illustration. Mais L’amour est dans le pré a, depuis ses débuts en 2005, présenté une image d’Épinal du monde agricole. Où la solitude rend la quête de l’amour plus désespérée et intense, tapie dans des maisons de pierres, héritées de génération en génération et isolées.
« Je suis bien entouré, c’est sûr, mais il me manque l’amour » , a confié Jean-Marie dans son portrait avant de glisser avoir fréquenté des clubs échangistes avec ses ex-partenaires. Ce type d’anecdotes sexuelles, l’émission en est friande. Mais sans jamais dériver de son focus : l’amour reste le but ultime. Jean-Marie se lance dans la quête de la femme avec qui il terminera ses jours. « La bonne » , dixit Karine Le Marchand qui martèle à quel point elle partage avec ces « êtres exceptionnels » les « valeurs et l’amour » .
« C’est au niveau de l’amour et de la manière de le présenter que les choses sont le plus figées dans L’amour est dans le pré . L’émission n’a jamais changé la vision du couple qu’elle présente » , souligne Aziliz Kondracki. « La plupart des personnes qui participent souhaitent, pour ceux qui n’ont pas encore d’enfants, fonder une famille, se marier, vivre à deux. Ce qui est aussi un idéal de ce que devrait être un couple, principalement hétérosexuel.
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