30% d'herbicides en moins: en Alsace, des aides aux agriculteurs qui préservent l'eau (et c'est "très rentable" pour les agriculteurs)
Les agriculteurs alsaciens bénéficient particulièrement d'un dispositif national leur permettant d'être rémunérés pour protéger l'eau. Ils ont largement réduit leurs pratiques nocives pour l'environnement, tout en ne perdant pas d'argent sur leurs récoltes. Plus que jamais, cet été caniculaire a marqué l'importance de préserver l'eau . Plusieurs solutions existent mais se heurtent souvent à une équation insoluble: préserver l'environnement sans mettre en péril la rentabilité, déjà fragile , des agriculteurs.
Notre agriculture peut-elle se passer de pesticides ? 15:15 En Alsace, l'un de ces mécanismes a pourtant réussi à concilier les deux. Dans le Grand Ried, un territoire de prairies très affecté par les fortes chaleurs, la préservation de l'eau potable est centrale et favorisée par des agriculteurs décidés à en prendre soin.
Le dispositif, lancé en 2020 dans toute la France, consiste à inciter les agriculteurs à tester de nouvelles techniques, diversifier leurs cultures en y intégrant des plantes peu gourmandes en engrais ou en eau, et à recevoir en échange une rétribution financière.
Sur le secteur autour de l'aire de captage d'eau d'Hilsenheim, à une quarantaine de kilomètres au sud de Strasbourg, neuf agriculteurs ont joué le jeu dès le début, rejoints en 2024 par neuf autres. Et leurs efforts ont porté leurs fruits.
La rémunération des producteurs varie en moyenne entre 65 et 85 euros l'hectare, le tout étant financé à 80% par l'Agence de l'eau et le reste par le SDEA, qui fédère des communes et des groupements de communes dont l'Eurométropole de Strasbourg, la Collectivité européenne d'Alsace et la région Grand Est. Au total, 361.000 euros ont été distribués en 2025 aux 49 exploitations participantes.
Aurélien Oechsel, 35 ans, qui dirige avec son associé une exploitation d'élevage laitier et de polycultures (maïs, pommes de terre, blé), y participe depuis le début. Il a décidé de planter du sorgho ou du sarrasin, qui nécessitent peu d'eau, et son exploitation cultive désormais 55% de cultures dites à "bas niveaux d'impact".
En 40 ans, plus de 14.000 captages d'eau ont disparu en France, à 41% du fait de pollutions agricoles, selon les statistiques officielles. Rendre l'eau de nouveau potable peut prendre des décennies. D'où l'importance de développer progressivement avec les exploitants agricoles des méthodes permettant de limiter la dérive des polluants.
Il faut de "nouvelles cultures plus adaptées au climat qui change", estime Franck Hufschmitt, directeur de la transition écologique du SDEA, soulignant aussi que plusieurs secteurs du Ried ont été déclarés par arrêté préfectoral en crise sécheresse cet été, réduisant drastiquement l'irrigation. Pour lui, le maïs, une culture dominante dans la région qui a besoin d'être arrosée en période estivale, "n'est plus adapté" à l'Alsace.
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