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ÉDITORIAL. Celle qui ose la confiance

Ouest-France ·
ÉDITORIAL. Celle qui ose la confiance

Elle est singulière, « Notre-Dame ». Si omniprésente qu’on ne la remarque plus. Un peu partout en Europe et au-delà, elle prête son nom à tant de communes, églises, lieux dits… Statuette assombrie aux façades de nos rues ou timidement éclairée dans les salles de nos musées, on la croise sans forcément la voir.

Chaque 15 août, néanmoins, la Vierge Marie se fait une place dans l’espace public. Une fable pour les uns. Une foi pour les autres. Pour les catholiques, c’est la célébration solennelle de son Assomption , la montée au ciel de celle qui n’a pas connu « la corruption du tombeau ». Pèlerinages , processions, « pardons », bénédictions . Mais attention, même chez les chrétiens, elle ne fait pas l’unanimité. Les orthodoxes célèbrent plutôt sa « dormition » (sa mort paisible). Quant aux protestants, s’ils respectent son « modèle d’humilité », ils se méfient de la dévotion qui peut l’entourer. Laissons les théologiens en débattre.

Une certitude, la Vierge Marie reste une figure populaire dans nos sociétés européennes, toutes laïcisées qu’elles soient. Pas parce qu’elle a désormais ses comptes sur les réseaux sociaux, où surabondent les images pieuses. Plutôt parce que les veilleuses continuent de briller en nombre, et toute l’année, dans les chapelles mariales de nos églises.

Reste à savoir à quelle Marie, les fidèles confient leurs prières. À celle à qui Louis XIII consacra le royaume de France en 1638, en remerciement pour la naissance du futur Louis XIV ? À celle qui apparût à Bernadette Soubirous en 1858 à Lourdes (où se rendra Léon XIV fin septembre) ? Ou simplement, à la Vierge de Nazareth qui, selon l’Évangile de Luc, s’étonne devant l’archange Gabriel venu lui annoncer qu’elle donnera naissance au fils de Dieu. « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » Réponse de Gabriel : « Rien n’est impossible à Dieu. » Marie s’incline. « Que tout se passe selon ta parole. »

L’abandon de ce « fiat » (« Qu’il en soit ainsi ») n’est pas ici une parole de résignation. C’est une déclaration d’adhésion à ce qui va nous arriver et que nous ne maîtrisons pas. Un geste qui mêle confiance et humilité. Le geste du malade qui va être opéré à ses médecins. Celui du marin en mer face à la tempête ou du pompier face aux flammes. Celui de la femme enceinte sur le point d’accoucher.

Cet attachement à celle qui dit « Je fais confiance, allons-y » peut sembler à contre-courant dans notre temps bardé de scepticisme et d’anxiété. Il est surtout profondément humain. C’est lui que reconnaît l’écrivain Vassili Grossman (1) en contemplant les visages calmes et graves de Marie et de son fils dans le célèbre tableau de Raphaël, « La Madone Sixtine ». « En la regardant, nous gardons la foi que la vie et la liberté ne font qu’un, qu’il n’est rien de supérieur à ce qu’il y a d’humain dans l’homme. » La confiance est un risque. Elle n’empêche pas le danger. Mais impossible d’avancer sans elle.

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