REPORTAGE. À Lodève, Gaëlle tisse les plus beaux tapis de la République
J’adore cette ambiance, ce calme , souffle Gaëlle Delaunay. Dans un coin de l’immense et paisible atelier, généreusement baigné par la lumière du soleil d’été, la jeune femme œuvre, concentrée, sur son métier. Un fil en avant, un fil en arrière… Sa main droite fait courir la lice, un petit bâton, avec dextérité. Elle monte sa main droite, tire sur la lice, qui amène le fil arrière devant, créant des boucles successives. Comme si elle avait d’autres yeux au bout de ses doigts, son regard ne quitte pas son ouvrage tandis qu’elle tisse ainsi, fil après fil, un grand tapis chamarré.
Gaëlle, 35 ans, est une licière. Un métier aussi rare qu’ancien, qu’elle exerce depuis un an à la Manufacture nationale de tapis de la Savonnerie, à Lodève ( Hérault ). Cette annexe du Mobilier national s’est installée dans cette petite ville, à 50 km à l’ouest de Montpellier, dans les années 60. L’histoire de cet atelier a commencé avec l’arrivée des Harkis dans la région , raconte la cheffe d’atelier, Anne Gautier. Après l’indépendance de l’Algérie, des milliers de supplétifs algériens de l’armée française fuient leur pays et s’installent en France, dans des conditions précaires. Un ancien entrepreneur en Algérie a eu l’idée de réunir les femmes harkies qui étaient ici, pour les faire tisser. Dans ce pays, on tisse souvent à la maison .
En 1967, André Malraux rattache l’atelier à son ministère, celui de la Culture. Sa mission : la même que celui de l’atelier principal à Paris. Tisser des fabuleux tapis destinés aux ors de la République. Des véritables œuvres d’art, qui représentent des dizaines de milliers d’heures et des années de travail. Les femmes harkies, aujourd’hui retraitées, ont été remplacées par de nouvelles licières.
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Comme Gaëlle, qui a appris son nouveau métier, pendant quatre ans. J’avais étudié l’art graphique au lycée, puis passé un Bachelor innovation textile , raconte la trentenaire, originaire de la région parisienne. Sa mère est restauratrice de tapis pour le Mobilier national. J’aimais bien l’odeur de l’atelier quand j’étais petite. J’avais un goût pour l’art, pour la matière, le toucher, les couleurs, les textures. Mais quand j’étais plus jeune, ce métier ne m’intéressait pas du tout . Pendant une dizaine d’années, la jeune femme travaille d’abord dans le commerce. Mais à un moment, j’ai voulu reprendre un métier qui ait du sens, en rapport avec mes études . Elle passe alors in extremis -la limite d’âge est de 29 ans- un CAP des Arts du tapis et de la tapisserie de lisse, qui lui apprend en deux ans l’histoire, les matières, et les processus de fabrication des tapis. Avant de poursuivre pendant deux ans par un Brevet des métiers d’art. Puis de passer le concours de la fonction publique, afin de pouvoir exercer son travail de licière, à Lodève, pour un salaire, primes comprises, de 1 800 € par mois.
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