Des ouvriers payés à faire des mots croisés: le fiasco à un demi-milliard de dollars d'une usine d'obus américaine équipée par un fabricant turc inconnu et qui n'a rien produit en deux ans
Aucun obus n'a été produit dans cette usine texane qui a ouvert ses portes en mai 2024 alors que l'armée américaine y a investi plus d'un demi-milliard de dollars. C'est un fiasco industriel qui a coûté plus d'un demi-milliard aux Américains et raconté par nos confrères de ProPublica. En mai 2024, à Mesquite près de Dallas au Texas, une usine de production d'obus est inaugurée, en présence d'officiels et de responsables du secteur de la défense américaine. À l'époque, le Pentagone cherche à augmenter sa production d'obus de 155 millimètres. L'Ukraine et la Russie en tirent alors des milliers quotidiennement et l'administration de Joe Biden a promis à Kiev d'en fournir pléthore.
La Maison Blanche vise à l'époque une production de 100.000 obus par mois. Alors, pour le mastodonte du secteur, General Dynamics, pas question de perdre sa mainmise sur l'artillerie américaine: l'entreprise veut arroser les États-Unis et in fine l'Ukraine d'obus.
Dans sa nouvelle usine texane, financée à hauteur de 533 millions de dollars par l'armée et inaugurée en mai 2024, General Dynamics installe des machines d'une société turque, Repkon, un acteur inconnu du monde de la défense aux États-Unis. L'entreprise américaine liste auprès du Pentagone les avantages qu'une telle collaboration peut entraîner, comme le début de fabrication plus rapide et la possibilité de produire des obus de plusieurs calibres.
Dans l'urgence, le Congrès signe avec General Dynamics, sans même vérifier si le géant de la défense est en mesure d'utiliser ces machines turques, tout et passant outre certaines procédures d'évaluation, explique ProPublica. "La pression pour aller vite était incroyable", se souvient un ancien responsable de l'armée américaine. L'objectif est que 30.000 obus sortent d'usine d'ici octobre 2025.
Il n'en sera rien et les problèmes débutent pour le site et ses employés. Les bras robotisés des machines étaient incontrôlables allant jusqu'à briser des vitres, les pannes y étaient régulières, une canalisation d'eau a explosé, les incendies se sont multipliés, des fissures sont apparues dans les murs et des infiltrations touchaient l'usine lorsqu'il pleuvait.
Conséquence de ces déboires: aucun obus ne sort de l'usine, laissant certains ouvriers au bout de la chaîne de production sans aucune tâche à accomplir. D'après les témoignages de ProPublica, des employés ont apporté des mots croisés, allant même à faire des siestes. Cela aurait poussé la direction à leur retirer leurs chaises. "On restait là à ne rien faire, à chercher du travail, à essayer de comprendre ce qui se passait. C'était du gaspillage d'argent public et du temps perdu", raconte une ancienne technicienne de production au média d'investigation.
Alors pour remédier aux nombreux problèmes, l'entreprise turque Repkon dépêche des équipes pour réparer les machines. Mais rien ne passe comme prévu entre eux et les employés américains.
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