Du Quai d'Orsay à la DGSE, les coulisses de la libération des otages français à l'étranger
L’ordre est tombé brutalement, sans aucun signe avant-coureur.
Ce 12 juin 2024, un gardien de la prison d’Evin, à Téhéran, vient trouver Louis Arnaud dans sa cellule.
"Dans cinq minutes, on part", lâche-t-il, mettant fin à plus de 620 jours d'enfermement.
Deux ans plus tôt, le Français a été arrêté par les autorités iraniennes lors d'un voyage touristique, et condamné par la suite à cinq ans de prison, accusé de “propagande contre le régime” et atteinte à la sécurité de l’Etat en pleine vague de manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini.
Depuis, les réseaux diplomatiques et les agents du renseignement français sur le terrain s’activent pour faire cesser sa détention, qualifiée "d’arbitraire" par le Quai d’Orsay.
À sa sortie d’Evin, un agent de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) se présente au jeune homme pour lui exposer le programme des prochaines heures.
Il sera d’abord conduit jusqu’à Oman, État qui a joué un rôle important d’intermédiaire dans sa libération, avant de rejoindre la France.
Dans le salon de l’aéroport de Mehrabad, à Téhéran, Louis Arnaud tente d’encaisser le choc et assiste à des scènes qu’il juge "invraisemblables" - comme lorsqu'un chef des services de renseignement iraniens lui exprime sa joie de le voir libéré.
"Il m’a dit qu’il avait beaucoup travaillé pour ça, et m'a même offert des cadeaux", raconte l’ancien prisonnier, alors trop estomaqué pour réagir.
Avant son départ, on lui demande de signer un document l’engageant à ne jamais attaquer la République islamique en justice.
Il s'exécute, et sera accueilli quelques heures plus tard à l'aéroport du Bourget par le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Stéphane Séjourné.
Le trentenaire ne sera jamais informé des négociations ayant conduit à son retour en France - un flou volontaire qui lui laisse le sentiment tenace d’avoir "abandonné, voire trahi" les codétenus iraniens avec lesquels il avait noué des liens "extrêmement forts".
Le récit de sa libération révèle pourtant la diversité des acteurs mobilisés, la sensibilité des tractations et l’impressionnante machine d’État déployée pour obtenir sa remise en liberté.
"Elever la voix" Au Quai d’Orsay, on ne connaît que trop bien la complexité de ces situations.
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