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Le "quoi qu'il en coûte aux assurés" est le nouveau mantra des politiques publiques, par Antoine Levy

L'Express ·
Le "quoi qu'il en coûte aux assurés" est le nouveau mantra des politiques publiques, par Antoine Levy

Le mois d’août, inhabituellement riche en actualités, a vu se succéder des événements que rien ne semble, de prime abord, rapprocher.

Les feux géants qui ont dévasté la Gironde et détruit nombre d’habitations et d’exploitations industrielles et agricoles ; les annonces gouvernementales d’un ajustement budgétaire qui devrait passer, en partie au moins, par des coupes dans le budget de l’assurance maladie et le basculement mécanique d’un certain nombre de prestations et de remboursements dans le champ des mutuelles de santé privées ; l’accroissement de la "taxe attentat" destinée à financer le fonds de garantie des victimes de terrorisme et prélevée sur les contrats d’assurance multirisques ; ou encore l’annonce d’une estimation pharaonique, en centaines de milliards d'euros, du coût potentiel du retrait-gonflement des sols argileux, risque qui concernerait plus de 12 millions de logements en France.

Tous ont pourtant ce point commun de voir se télescoper enjeux de politiques publiques, difficultés de financement et couverture finale quasi obligatoire du risque par des assurances privées.

Dans chaque cas, l’intense demande sociale et démocratique de protection ou d’indemnisation complète contre les événements, qui s’exerce envers les gouvernements, les pousse à transférer vers le secteur privé le coût financier de cette prise en charge, tout en le dissimulant autant que possible dans des primes d’assurance qui couvrent désormais un éventail de sinistres bien plus vaste qu’initialement prévu.

Cette confluence, parfois conflictuelle, est appelée à devenir de plus en plus prégnante, au fur et à mesure que les événements climatiques extrêmes se multiplient, que les contraintes budgétaires de notre système social se font plus saillantes et que le prix du risque se glisse jusque dans les problématiques les plus quotidiennes.

L’essentiel de l’action et de la dépense publiques, dès à présent, consiste à mutualiser les risques de sinistres individuels par le truchement de cotisations génératrices de droits futurs : vieillesse, maladie, chômage, accidents du travail… Le philosophe François Ewald qualifiait cet état de fait de "société assurantielle".

Logique d’assurance Dans ce contexte, les nouveaux risques collectifs, du financement de la dépendance des plus âgés aux défis des effets du changement climatique, en passant par les menaces géopolitiques sur les chaînes d’approvisionnement, se prêtent eux aussi à une logique d’assurance : réduire ou éliminer l’incertitude à laquelle est confronté chaque ménage ou chaque entreprise passera probablement par un financement collectif et mutualisé, plutôt que par la seule épargne ou la prudence individuelle.

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