Immobilier : et si la classe politique arrêtait de diaboliser le logement pour redonner de l’espoir aux Français ?
Depuis dix ans, le discours sur l’habitat s’est enfermé dans le registre de la « bombe sociale ». Pourtant, se loger reste un projet de vie joyeux pour les Français. Et si la clé pour les candidats à l’élection était enfin de réenchanter le logement ?
C’est un piège dans lequel les candidats à l’élection présidentielle, plus nombreux que lors de toutes les échéances précédentes, pourraient tomber : parler des problèmes de logement en France. Cette affirmation a de quoi surprendre. On attend depuis deux quinquennats, une décennie en clair, que la classe politique prenne la mesure des difficultés du pays en matière d’habitat et y trouve des remèdes efficaces.
La paradigme est toujours le même, la souffrance, les maux, les problèmes, les problématiques -plus techno pour être plus pudique-. Les discours publics, ceux de la filière aussi, ont emprunté au registre militaire : la bombe sociale a figuré dans les propos d’analyse de tous les élus, comme des entrepreneurs ou des responsables associatifs. Au point qu’on ne sait plus qui le premier a osé la métaphore… Il a fait des émules en tout cas. Bref, le logement est un thème de malheur, sombre, triste.
Les plus anciens dans le secteur se rappellent que cela n’a pas toujours été le cas. Certes, on déplorait des dysfonctionnements, des décisions politiques dangereuses, on les dénonçait et on avançait ainsi. Rien de semblable aujourd’hui : on trouverait avec peine des mots positifs sous la plume des experts. On mettra à part les discours commerciaux : non seulement ils sont allants et positifs, mais ils les sont parfois (souvent ?) jusqu’à la caricature.
Le leitmotiv « C’est le moment d’acheter », l’un des plus éculés et des plus célèbres, est devenu symbolique de ces propos qui visent à embarquer prospects et collaborateurs, sans considération des données exogènes. En somme, le désir y tient lieu de réel. Non, la question est ici celle des discours que nous qualifierons de sérieux, de nature économique, sociologique ou politique au sens premier du terme, c’est-à-dire fondateur de la décision et de l’action publique.
Les discours sérieux sur le logement sont empreints de larmes et c’est un terrible préjudice dont la communauté du logement a fini par s’accommoder. Pourtant, les ménages attribuent au logement une charge sémantique et symbolique heureuse. C’est un projet de vie, qui libère, qui émancipe, qui protège, qui prolonge par la transmission. Le logement est le lieu où s’épanouit la vie.
Il s’agit toujours de résoudre une situation embarrassante, trouver son premier logement pour voler de ses propres ailes, pour faire ses études loin de chez soi, pour former un couple, fonder une famille, pour vieillir à domicile, pour prendre un nouvel emploi ailleurs…, mais au bout du compte le logement apporte plus qu’une solution, il ouvre toutes les perspectives, il dégage l’horizon personnel et professionnel.
C’est au fond parce que les pouvoirs publics ne l’ont pas clairement compris assez tôt qu’ils ont laissé le logement prendre au fil des ans le statut de problème, qui plus est pour toutes les catégories de la population, à l’exception des plus fortunés bien sûr.
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