André Breton, sondeur de rêves
En 1916, André Breton est infirmier à Saint-Dizier en Haute-Marne. Au fil des interrogatoires aux soldats traumatisés, le jeune homme découvre le potentiel de l'inconscient pour la création poétique. Une expérience décisive pour le futur chef de file du surréalisme.
Juillet 1916. France. En pleine Première Guerre mondiale, les journaux ont les yeux rivés sur la même actualité : la bataille de Verdun dure depuis plusieurs mois. L’armée allemande persiste dans les tranchées de la Meuse. Les morts se comptent à présent par dizaine de milliers. Mais les articles de presse ne disent pas tout. La Grande Guerre a aussi des conséquences psychiques graves sur les soldats. En Haute-Marne, au centre neuro-psychiatrique de Saint-Dizier, les lits se remplissent peu à peu d'une nouvelle catégorie de victimes : les évacués du front pour troubles mentaux. Des soldats traumatisés par les tirs d’artillerie. Parmi les soignants, un jeune infirmier militaire en blouse blanche, l’air sérieux. Il s’appelle André Breton. Il a 20 ans.
Bruns, les cheveux courts, gants d’infirmier. En 1916, André Breton se destine à une carrière de médecin. Mais il hésite encore. Sa passion est la poésie. Il a lu Mallarmé, Jarry, et surtout Rimbaud. André est fasciné par le poète des Illuminations , qui fait triompher dans ses vers la révolte et la folie. Depuis quelques années, André écrit même des poèmes et les envoie aux grands noms de la littérature pour savoir si sa plume fait le poids ! Paul Valéry et Apollinaire l’ont complimenté. Adoubé, Breton a du talent. À Saint-Dizier, le jeune interne a peu de temps pour écrire. Mais il fait une découverte décisive. Celle des ouvrages pionniers de la psychiatrie : Jean-Martin Charcot, Emil Kraepelin, et les théories du médecin viennois Sigmund Freud, encore inconnu dans la France des années 1910.
Dans le centre, le travail d’André Breton consiste en des interrogatoires continus : " Avec qui la France est-elle en guerre ? Et à quoi rêvez-vous la nuit ?" . Pure routine médicale… mais des réponses étonnantes sortent de la bouche des soldats. Ahuri par les tirs, leurs mots ont l’allure de poèmes. "Rien ne me frappe tant que les interprétations de ces fous" écrit-il à Apollinaire. Et si ces soldats étaient aussi des poètes ? Pour André, l’étude des rêves et des associations d’idées peut renouveler l’écriture poétique !
Les mois passent. Le 20 novembre 1916, le jeune homme est envoyé pour deux mois comme brancardier près de Verdun. Les médecins professionnels manquent dans les services de soins, alors on fait appel à des étudiants inexpérimentés comme lui… Pendant dix jours, avec une lampe à acétylène dans la main et du courage, André Breton trie les blessés dans une cave. "Je m’éclaire aux lampes d’Aladin" écrit-il dans le poème "Soldat". Dans la nuit, face à l’horreur, la dérision est le remède du jeune homme. Si la guerre ruine tout, y compris la raison, la poésie devra le faire aussi.
À son retour du front, André Breton rejoint l’hôpital du Val-de-Grâce, à Paris. Il côtoie de plus en plus près Apollinaire, qui se rétablit d’une blessure par un obus.
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