"La Manip" de Michel de Rosen : un roman policier au cœur du pouvoir
On sous-estime toujours la part d’inattendu chez les hommes.
Je connais Michel de Rosen depuis des décennies : sérieux, réfléchi, respectable, avec certes un zeste inhabituel d’originalité pour un membre de l’establishment, mais je n’aurais jamais imaginé que celle-ci, une fois Rosen à la retraite, prendrait les dimensions sidérantes de La Manip .
Il y a deux lectures possibles de ce roman policier .
L’une au deuxième degré, réservée aux "happy few" - comme disait Stendhal de ses lecteurs -, c’est-à-dire aux familiers de Rosen qui retrouveront des noms à peine masqués, des personnages proches de lui, des clins d’yeux complices : la cosmographie de l’auteur écrite à l’encre sympathique.
L’autre, plus classique, propre à tout roman policier, mue par l’impatience et l’excitation.
Disons simplement que les ressorts de l’intrigue témoignent d’une imagination à la limite du surréalisme policier, et toujours ébouriffante.
Une mosaïque intime Aussi respecterai-je la règle du jeu et ne donnerai-je aucune indication sur le fil des aventures et le dénouement de La Manip mais celle-ci ne se déroule pas dans un univers banal puisque les acteurs principaux du drame sont les personnages cardinaux de la politique française.
Et c’est là que réside l’originalité de Rosen.
Ceux-ci respirent l’authenticité et font apparaître, derrière leurs tempéraments façonnés par la "commedia dell’arte" à laquelle ressemble la politique, des êtres de chair qui témoignent de la part de l’auteur, pour les uns, d’une connaissance interne de leur psychologie, pour les autres, d’une intuition qui permet à Rosen d’approcher leur vérité profonde.
Et en surplomb de la pièce, règne sous forme en apparence loufoque et en fait hyperréaliste, la vraie politique, la grande, celle des grands joueurs, à Washington et Moscou, qui mêle des arrière-pensées machiavéliques, des "astuces de garçons de bains" et des fantasmes empreints de naïveté.
Mais les deux superpuissances ne sont pas traitées à parité.
D’un côté, une Amérique classique dont Rosen connaît, pour y avoir vécu, le mode d’être.
De l’autre, une Russie où point la nostalgie d’un descendant de Russes blancs pour lequel Moscou ne sera jamais une ville comme une autre.
Ce roman policier est au fond la mosaïque intime d’un auteur qui transcende sa raison et ses émotions par la part de loufoquerie qui dormait en lui.
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