Libération des stocks stratégiques de pétrole : les effets incertains du remède de Sébastien Lecornu
C’est décidé.
La France va mettre à disposition des distributeurs de carburant 10 millions de barils de gazole issus de ses réserves stratégiques.
Le pays a encore de la marge : selon la ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon, le stock stratégique français de diesel s'élevait à environ 50 millions de barils avant l’opération.
Mais quelle sera l’efficacité de la ponction annoncée par Sébastien Lecornu, qualifiée selon certains experts "d’outil non conventionnel" ? Premier élément d'incertitude, l’effet sur les prix à la pompe.
Certes, les barils mis à disposition ont la particularité d’être cédés à prix coûtant, ce qui permet théoriquement de baisser la facture pour les automobilistes.
Mais la Sagess, l’organisme chargé par l’Etat de mettre la mesure à exécution, est une société privée détenue par les opérateurs pétroliers du marché français tels que TotalEnergies, Esso ou Shell France.
Le risque ? Une application biaisée du plan du Premier ministre, à l’image de la baisse de la TVA dans la restauration décidée en 2009.
Celle-ci devait réduire le montant de l’addition pour les consommateurs.
Or, elle a surtout profité aux propriétaires des établissements, concluait en 2018 une étude de l'Institut des politiques publiques (IPP).
Autre inconnue, les conditions dans lesquelles les réserves seront reconstituées une fois la crise passée.
Tous les pays qui puisent aujourd'hui dans leurs stocks attendront le même moment pour racheter des barils.
De quoi alimenter à nouveau des tensions sur les prix.
Le renflouement ne devrait pas démarrer avant 10 à 18 mois, à en croire le patron de la compagnie pétrolière publique saoudienne Aramco.
Comme l’indique un spécialiste de l’énergie, "il pourrait être plus efficace aux Etats-Unis : une entreprise emprunte du brut à la réserve et s'engage par contrat à le lui rendre, avec une quantité supplémentaire définie à l’avance.
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