"Une bataille directe" : comment le Maroc de Mohammed VI veut ravir la finale du Mondial 2030 à l’Espagne
L'Espagne, imbattable mais introuvable.
Championne du monde chez les hommes en juillet, championne du monde chez les femmes en 2023, la Roja gagne tout sur les terrains de football.
Mais sur celui de la gouvernance, alors que le monde entier se déchire sur le sort du président de la Fifa, Gianni Infantino, Madrid reste sur le banc des remplaçants cet été.
"Le silence de la Fédération espagnole de football est de notoriété publique… Elle se place sous les radars pour n'ennuyer ni l'UEFA, ni la Fifa" , souligne Borja García, professeur de politique du sport à l'université Loughborough, au Royaume-Uni.
La Fédération royale espagnole joue sur un fil : comme les 54 autres associations européennes de football, elle soutient un boycott de la prochaine Coupe du monde pour protester contre les dérives d'Infantino… tout en organisant l'événement, aux côtés du Portugal et du Maroc.
Les contrats ont été signés avec la Fifa, les villes espagnoles préparent l'accueil de millions de supporters et les onze stades sont déjà prêts ou finalisent leurs travaux, comme le Camp Nou à Barcelone.
Une situation intenable pour l'Espagne, qui pourrait bien finir en but contre son camp.
Le Maroc construit le plus grand stade au monde En coulisses, les Espagnols doivent mener une autre bataille, décisive pour leur économie et leur soft power : celle d'accueillir la finale de la Coupe du monde, dont l'audience internationale dépasse le milliard de téléspectateurs.
"Ce Mondial 2030 est déjà politisé à l'extrême, indique Simon Chadwick, spécialiste de la gouvernance du sport à l'EM Lyon.
Il y a une bataille directe entre l'Espagne et le Maroc : le Maroc se voit comme la meilleure nation sportive d'Afrique et comme un acteur géopolitique de premier plan, il veut donc recevoir les fruits de son statut et accueillir la finale de la Coupe du monde… Il est selon moi probable que la Fifa lui fasse ce cadeau." Et le Maroc sort le grand jeu dans ce match à distance contre les rivaux espagnols : le royaume chérifien construit le plus grand stade de football de l'histoire près de Casablanca, le stade Hassan II, pour un coût estimé entre 500 millions et un milliard d'euros.
Sa capacité : 115 000 spectateurs.
"Nous voulons la finale, a déclaré Soussi Yassir, directeur de l'Agence nationale marocaine des équipements publics, au journal espagnol AS en mai dernier.
Nous savons que beaucoup de personnes voient dans le [stade Santiago] Bernabéu la cathédrale du football, mais il se trouve au milieu d'une ville et a déjà été construit.
Le Stade Hassan II est complètement neuf, facilement adaptable aux besoins de la Fifa : tout ce qu'ils demandent, ils peuvent l'avoir !" Au-delà des grands travaux, la fédération marocaine ne ménage pas ses efforts politiques plus discrets.
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