Un accord franco-allemand sur l’automobile qui maintient « notre ambition climatique et notre production en Europe », vraiment ?
Emmanuel Macron a salué l’accord trouvé vendredi entre la France et l’Allemagne sur l’avenir de l’industrie automobile européenne, en assurant qu’il maintient « notre ambition climatique et notre production en Europe ». Deux affirmations à nuancer.
Voir Allemands et Français s’accorder sur l’automobile est en soi un petit exploit, dont Emmanuel Macron s’est empressé d’assurer le service après-vente : « Nous portons une ambition claire : réussir la transformation de notre industrie automobile, tout en maintenant notre ambition climatique et notre production en Europe » , s’est-il enthousiasmé vendredi sur le réseau social X . Mais si l’on se penche plus précisément sur l’accord en question, l’affirmation du président français paraît un peu trop catégorique.
D’abord, il n’est pas vrai que l’ambition climatique de l’Union européenne vis-à-vis de son industrie automobile est maintenue intacte. L’objectif initial, fixé dans le cadre du Pacte vert européen, était d’ interdire complètement la vente de voitures thermiques à partir de 2035 .
Il y a quelques mois, la Commission européenne avait déjà proposé de renoncer à cet objectif du tout-électrique, pour plutôt imposer aux constructeurs automobiles de baisser leurs émissions de CO2 de 90 % d’ici à 2035. L’accord franco-allemand confirme ce recul, et va un peu plus loin, en retirant l’obligation de compenser les 10 % d’émissions restantes.
L’ONG Transport et Environnement (T & E) estime même qu’avec ce compromis, la part de voitures électriques dans les ventes de voitures n’atteindrait que 73 % en 2035 (contre 85 % avec la proposition de la Commission européenne). Cette modélisation prend en compte d’autres assouplissements souhaités par la France et l’Allemagne, comme l’intégration de certaines voitures thermiques à faibles émissions parmi l’électrification des flottes d’entreprises.
« Une série de nouveaux véhicules, qui roulent avec des carburants de synthèse ou des biocarburants, pourront être comptabilisés comme équivalents à des véhicules électriques » , déplore le responsable décarbonation de l’industrie automobile de T & E France, Bastien Gebel.
L’accord pousse ces reculs environnementaux au nom de la compétitivité de l’industrie européenne et pour la protection des emplois qu’elle génère, sous l’impulsion notamment du puissant secteur automobile allemand . L’association européenne des équipementiers automobiles (Clepa) a d’ailleurs salué un compromis qui « concilie de manière appropriée ambition climatique et faisabilité industrielle » , d’après elle.
La formulation de Clepa reste plus mesurée que celle d’Emmanuel Macron sur le « maintien de notre production en Europe » , qui sonne comme un raccourci. Certes, l’Allemagne a accepté une définition plus précise de la préférence européenne dans l’industrie automobile : les constructeurs automobiles devront se fournir à 70 % de composants fabriqués dans l’Union européenne ou dans un nombre réduit de pays partenaires (Royaume-Uni, Suisse, Norvège).
Mais en ce qui concerne le contenu des batteries, ce taux minimum de composants « Made in Europe » chute à seulement 10 %.
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