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“Nous allons mourir d’ennui” : ce que les écrans volent à nos corps

Courrier International ·
“Nous allons mourir d’ennui” : ce que les écrans volent à nos corps

Du retour à l’analogique à l’obsession pour l’année 2016 : les tendances qui se succèdent ont toutes (au moins) un point commun.

Elles sont le symptôme de notre désir de retrouver un contact physique avec le monde.

Qu’il s’agisse de poser un vinyle sur une platine, de préférer un appareil photo numérique à l’appli photo d’un smartphone, ou de se mettre au crochet, à la fin, une chose demeure : toucher autre chose que la surface plate et dure d’un écran tactile.

En janvier, Dazed prédisait déjà que 2026 parachèverait notre retour à l’analogique (comprendre : le rejet du numérique à la faveur de la culture physique).

“C’est cette lassitude face au monde numérique, la saturation due à trop de stimulations en ligne et la généralisation déprimante de l’intelligence artificielle (IA) qui ont déclenché cet engouement spectaculaire pour le retour au monde réel et à ses activités concrètes”, énumère le magazine britannique.

Rachel Plotnick, spécialiste des relations homme-technologie à l’université de l’Indiana, au site d’information américain Vox.

Les Américains consultent leur téléphone près de 200 fois par jour, constate le site américain.

C’est la première chose que nous voyons en ouvrant les yeux le matin et la dernière que nous regardons avant de les fermer soir. Pour poursuivre avec les chiffres, près d’un tiers des adultes de moins de 30 ans passent plus de neuf heures par jour devant un écran.

Si rien ne change, “ils passeront plus de vingt ans de leur vie devant cette lumière bleue et froide”. Au-delà de la perte de motricité, la disparition progressive du toucher émousse aussi notre capacité à distinguer le vrai du faux, le réel du pixel, le concret de l’intangible.

“Nous avons un besoin viscéral de nous coller au réel. Devoir faire des efforts nous est indispensable”, explique Mark Paterson, spécialiste de la sociologie du toucher à l’université de Pittsburgh, car “cela permet de nous affirmer et de pouvoir délimiter la frontière entre nous et le monde”.

“Le simple fait d’écrire, de tenir un crayon ou un stylo, stimule nos récepteurs sensoriels sous la peau”, ce qui conduit à “un état neurologique plus apaisé” dans lequel “notre système nerveux se calme, notre rythme cardiaque ralentit et notre tension artérielle baisse”, précise une psychologue dans Vox.

“Ne pas solliciter suffisamment son sens du toucher peut conduire à toute une série de problèmes de santé.”

Car c’est peut-être ce qu’il y a de mieux que de pouvoir mêler la pulpe de nos doigts à la chair du monde, et laisser aller le corps là où valsent les brins d’algues, le sable ondulé, l’herbe grillée de juillet et la terre qui craquelle.—

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