De Bridget Jones à Bill Clinton : les bienfaits insoupçonnés de la procrastination
Avec ses bonnes résolutions en carton-pâte, son génie pour multiplier les "dernières" cigarettes (et les jarres de Chardonnay), sa propension à ajourner tout choix professionnel, sans compter cette incapacité signature à choisir entre le séduisant Daniel Cleaver et le tendre Mark Darcy, le personnage de Bridget Jones ferait figure de sainte patronne des procrastinateurs.
Son emblème ? Le chaos.
Car à trop tergiverser, la trentenaire s’en trouve réduite à chanter "All by myself" seule dans son salon un soir de nouvel an, avec pour seule compagnie une bouteille de vin rouge.
A première vue, on déconseillerait donc aux quelque 85 % de Français concernés par ce "vice", selon un sondage Odoxa réalisé en 2019, de poursuivre dans cette voie.
De même que l’on ne saurait trop pousser nos voisins britanniques à se désolidariser de cette habitude – d’après une étude menée par l’assureur Legal & General, plus de la moitié d’entre eux estiment en avoir pâti au cours de leur vie.
A moins que cet art de remettre les choses au lendemain ne soit précisément l’ingrédient secret du happy ending de la comédie romantique ; celui qui pousse Bridget Jones à s’élancer une nuit enneigée dans les rues de Londres, culotte léopard et gilet beige layette, à la poursuite de son véritable amour… La procrastination, une bonne conseillère ? C’est en tout cas ce que l’on pourrait déduire du temps que L’Express et Frank Partnoy, professeur de droit à l’université de Californie (Berkeley) et auteur de Wait : the art and science of delay (non-traduit) ont pris pour répondre aux e-mails et caler un rendez-vous en vue d’une interview.
"Je crois que votre retard et le mien illustrent bien le sujet.
Nous avons procrastiné juste ce qu'il fallait", plaisante-t-il.
Car selon cet ancien trader et banquier d’investissement, procrastiner peut en réalité se révéler très utile, tant pour préparer au mieux ses réponses à une interview que dans le cadre du travail… "Pour prendre une décision éclairée, tout l’enjeu est d’évaluer le délai maximum dont nous disposons, et d’attendre aussi longtemps que possible pour agir.
Les meilleurs professionnels sont ceux qui adoptent cette méthode", assure-t-il.
Frank Partnoy cite le cas des sportifs de haut niveau, pilotes de chasse ou encore chirurgiens.
"Leur capacité à retarder une action jusqu’au dernier moment, même de quelques millisecondes, fait toute la différence.
Car c’est ce laps de temps qui leur permet de prendre en compte le plus d’informations possible et donc de réaliser une tâche de façon optimale", détaille l’auteur.
Créativité Les perfectionnistes maladifs et indécis chroniques ne le savent que trop bien : repousser une tâche peut parfois nuire à la productivité.
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