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Les rumeurs qui ont changé le monde 2/10 : "Le virus du sida n'existe pas"

France Culture ·
Les rumeurs qui ont changé le monde 2/10 : "Le virus du sida n'existe pas"

En 1981, une mystérieuse maladie décime de jeunes hommes en bonne santé. Le VIH est rapidement identifié, mais son origine et son rôle dans le sida sont rapidement contestés. Quelles sont les conséquences encore actuelles des rumeurs sur cette maladie dont l'apparition a surpris le monde entier ?

Historienne, maîtresse de conférences à l’Institut d’études politiques de l’université de Strasbourg

En 1981, un mal frappe de plein fouet la communauté homosexuelle américaine. Des jeunes hommes bien portants développent ce qui ressemble à un cancer, leur système immunitaire s’effondre alors qu’ils étaient tous en bonne santé. L’Occident pensait en avoir fini avec les infections virales meurtrières. Rapidement, ce qui s'avérera être une pandémie touche tous les continents. L’Afrique est désignée comme berceau de ce virus, le VIH.

Un mélange d’incompréhension, d'incrédulité et des premières victimes issues de minorités déjà stigmatisées: tout est réuni pour faire naître le doute. Le doute sur l’existence du VIH, le doute sur la causalité entre VIH et sida, jusqu'à l'idée d'un virus fabriqué de toutes pièces en laboratoire… “Le virus du sida n’existe pas”, c’est la rumeur que nous allons détricoter dans l’heure qui vient.

Alexandra Delbot s'entretient avec Marion Aballéa, historienne, maîtresse de conférence à l’université de Strasbourg, et autrice d’ Une histoire mondiale du sida (1981-2025) paru aux CNRS Éditions, Ouverture dans un nouvel onglet et Florence Thune, directrice générale du Sidaction.

Marion Aballéa souligne le poids de la stigmatisation et du contexte historique de santé publique en Occident : "Cette distribution très particulière dans des groupes sociaux marginalisés va alimenter assez vite effectivement rumeurs, fantasmes, incrédulités aussi." Elle précise également que le sida surgit alors que la science pensait avoir triomphé des microbes, notant que les services d'infectiologie avaient décliné car ils n'étaient plus "vus comme une problématique ou comme une priorité de santé publique" .

Florence Thune explique comment l'aspect "invisible" du virus nourrit le doute : "Durant plusieurs années, cela reste invisible et donc, comme tout virus, on peut aussi imaginer que ça n'existe pas." Elle ajoute que face à un mal touchant des communautés déjà discriminées, "l'apparition d'un virus va encore plus les discriminer" , poussant à chercher des raisons alternatives à son existence.

L'affaire de la paternité du VIH, opposant l'équipe française de l'Institut Pasteur à l'équipe américaine du professeur Robert Gallo, a joué un rôle déterminant dans l'émergence et la pérennité des théories complotistes en semant un doute profond au sein de l'opinion publique. Marion Aballéa précise que des erreurs de publication, comme "de fausses ou de mauvaises légendes" sur des photos de virus, ont pu alimenter des doutes et fantasmes persistants jusqu'à aujourd'hui.

Florence Thune poursuit et constate qu'à "l'heure des réseaux sociaux, la rumeur s'est parfois amplifiée".

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