"Une escouade de vaniteux" : le déclin des intellectuels français vu par Pierre-André Taguieff
En juillet, l’historien américain Robert Zaretsky sifflait dans nos colonnes la fin de "l’âge d’or" des intellectuels français, au point de les juger désormais "marginaux".
Un entretien qui a beaucoup fait réagir nos lecteurs, et suscité la curiosité de certains de nos plus brillants esprits… A commencer par le philosophe et historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui, contre toute attente, rejoint le constat du professeur américain.
A une nuance près : contrairement à Robert Zaretsky, qui regrette l’époque des intellectuels "engagés", le directeur de recherches au CNRS et auteur du récent Les Méfaits de l’idéologie (Hermann) rappelle que ceux-ci ont été "au premier rang de ceux qui ont alimenté les dogmatismes et les fanatismes idéologiques" des deux derniers siècles, du communisme au fascisme.
Il estime dans le même temps que "l’offre utopiste", loin d’avoir disparu, s’est au contraire réinventée.
Au point de voir émerger, selon ses mots, une "escouade de vaniteux" et de "donneurs de leçons"… Entretien.
L’Express : Vous rejoignez Robert Zaretsky lorsqu’il affirme que "l’âge d’or" des intellectuels français est révolu.
Pourquoi ? Pierre-André Taguieff : Ce diagnostic relève de l’évidence.
Ce qui reste à caractériser, et expliquer, c’est la descente des intellectuels français vers un "âge sombre", ou simplement moins lumineux.
Dans l’ensemble, nombre d’intellectuels interviennent aujourd’hui dans l’espace public comme des idéologues, des prophètes, des propagandistes ou des publicitaires pratiquant souvent un sectarisme qui n’exclut nullement leur propension à l’opportunisme.
Le type de l’intellectuel-traître s’est banalisé depuis longtemps.
Certains d’entre eux se comportent en outre comme des histrions.
En somme, je dirais que cet "âge sombre" se caractérise par une oscillation entre la vacuité bavarde et la gesticulation clownesque.
Et aussi une valse-hésitation entre un pédantisme ombrageux et un goût de la provocation pour la provocation.
Vous y allez fort… Ne reste-t-il pas, tout de même, de véritables intellectuels dont l’influence reste encore prépondérante ? Les morts pèsent toujours plus que les vivants ! Sont toujours parmi nous les fantômes de Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Raymond Aron, Claude Lévi-Strauss, Emmanuel Levinas, Simone de Beauvoir, Paul Ricœur, Clément Rosset, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Jean-François Lyotard, Michel Serres, Jean Baudrillard, Cornelius Castoriadis, Claude Lefort, François Furet, Pierre Nora, Edgar Morin, etc.
5News a agrégé ce résumé depuis le flux public du média. L'article complet, avec tout le contexte, est sur www.lexpress.fr — le contenu appartient à L'Express.