« Faut-il toujours dire la vérité ? » : voici pourquoi enseigner la philo dès la maternelle est tout sauf une idée folle
Complexe, abstraite, et parfois même ennuyeuse, la philosophie enseignée en terminale ne laisse pas toujours un souvenir impérissable aux élèves. Et si cette difficulté à appréhender la discipline était due à une initiation trop tardive ? Telle est la théorie défendue par Elsa Godart, philosophe et psychothérapeute dans son livre Philosopher à la maternelle , paru le 26 août 2026 aux éditions Fayard.
Grâce à un enseignement de la philosophie aux plus jeunes, un meilleur apprentissage de l’esprit critique et de notions fondatrices telles que la vérité, le bien ou le mal, qui seraient rendus possibles. Loin d’être nouvelle, l’idée existe depuis plusieurs décennies, et est au cœur d’une Chaire portée par l’Unesco et l’Université de Nantes.
Dans les années 1950, le mouvement de « l’éducation nouvelle » tente de cultiver un enseignement moins vertical, plus actif et centré sur la parole des enfants, à travers des ébauches d’ateliers de philosophie. Au cours des années 1970 ensuite, les universitaires Matthew Lipman et Ann Margaret Sharp fondent la Philosophie pour enfants (P4C). À l’origine de cette nouvelle approche pédagogique, le constat que les étudiants en philosophie rencontrent de réelles difficultés à appréhender les sujets abordés, faute d’un enseignement au primaire et secondaire. La philosophie pour enfants se diffuse alors dans le monde anglophone, puis francophone par le biais du Québec. Elle arrive enfin en France il y a une trentaine d’années, à travers thèses, ouvrages et expérimentations.
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Les attentats de Charlie Hebdo en 2015 marquent un tournant en France. L’Unesco, déjà attachée à la thématique, souhaite créer une Chaire sur la pratique de la philosophie avec les enfants, portée par une université française. Un an plus tard, en novembre 2016, Edwige Chirouter, professeure à l’université de Nantes, philosophe et active depuis plus de dix ans sur le sujet, en prend la direction. La Chaire a aujourd’hui 25 universités partenaires à travers le monde.
Les recherches de la Chaire sont menées en collaboration étroite avec les enseignants sur le terrain. Dans les écoles ayant adopté le dispositif, des ateliers sont tenus une fois par semaine par un animateur (doctorant de l’université partenaire, enseignant lui-même, bibliothécaire, etc). L’échange repose toujours sur une médiation culturelle, comme le visionnage d’un film, d’une peinture, ou la lecture d’une histoire par exemple, pour aboutir à une question : « Peut-il être sage de désobéir ? Faut-il toujours dire la vérité ? » Les enfants sont prompts à réagir : « Peut-on être méchant et heureux ? Pourquoi dépose-t-on des fleurs sur les tombes alors que les gens sont morts ? »
Les idées sont ensuite examinées avec l’animateur, qui aiguille, argumente, dans un travail rigoureux de construction de la pensée. Justice, vérité, amour, bonheur, les plus grandes questions universelles sont abordées. « On essaie d’y répondre de la façon la plus juste possible , développe Edwige Chirouter. Au niveau logique et rationnel, ainsi qu’au niveau éthique.
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