Algérie : "Il est urgent de reconnaître le français comme langue nationale et officielle"
Journaliste, écrivain et éditeur, Amar Ingrachen estime, dans une tribune pour « Marianne », que le français appartient à l'histoire algérienne et ne doit pas disparaître.
E n Algérie , les islamistes s'en sont toujours pris à la langue française. Depuis l'aube de l'indépendance jusqu'à aujourd'hui, ils n'ont jamais cessé de vouloir l'éradiquer, allant, pour ce qui est notamment du FIS (Front islamique du salut), jusqu'à tuer les Algériens qui parlaient ou enseignaient cette langue. Le représentant des Frères musulmans en Algérie, Abdelaali Hassani Cherif, a récemment déclaré que « le français ne fait pas partie de l’identité nationale » . Cette haine du français n'a rien à voir avec la colonisation française, que les islamistes sont pourtant les derniers à avoir combattu : ils ont continué à négocier leur soumission à la France avec Jacques Soustelle jusqu'en juillet 1956, alors que la lutte de libération avait déjà atteint sa vitesse de croisière.
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La langue française est haïe par les islamistes parce qu'elle représente le miroir dans lequel ils voient quotidiennement leurs échecs et leur éloignement de la cause nationale. Au lieu de faire leur aggiornamento et de reconnaître leur dérapage anti-algérien, ils préfèrent casser le miroir et réécrire l'histoire de notre révolution à leur avantage. Après avoir tenté d'opposer l'arabe au français pendant des années, ils ont abouti à un désastre. Après plusieurs années d'arabisation au marteau-piqueur, non seulement l'arabe n'a pas supplanté le français dans la société algérienne, mais il a reculé, et a causé au passage la ruine de l'école et de l'enseignement supérieur.
Aujourd'hui, ils récidivent, mais pour paraître moins tendancieux, ils veulent remplacer le français non plus par l’arabe, mais par l'anglais, en arguant que la langue anglaise est celle du développement et qu'elle est la première langue dans le monde. Or, une langue, quelle qu'en soit la puissance et la force de frappe, ne peut rien à elle seule. Comment expliquer, sinon, le sous-développement criant de plusieurs pays africains ayant adopté l'anglais comme langue nationale et officielle au lendemain des indépendances, malgré leur richesse, comme le Nigeria, le Cameroun, le Kenya et d'autres ? Et comment expliquer qu'un pays comme le Japon, dont la seule et unique langue de travail, dans tous les domaines, est le japonais – une langue minoritaire et extrêmement difficile, y compris pour les Japonais eux-mêmes –, talonne les plus grandes puissances économiques mondiales, malgré une défaite ravageuse durant la Seconde Guerre mondiale, une mise sous tutelle américaine et un territoire stérile et dangereux ?
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Ce qui aide les pays à se développer, c'est la science, la technologie, l'économie et la culture, et tout cela dépend avant tout du facteur humain. Or, seule une société politiquement, culturellement, socialement et intellectuellement émancipée est capable de produire du développement.
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