Éditorial. Le budget, encore mission impossible
Sébastien Lecornu l’a dit et redit : il ne sera pas candidat à la présidentielle de 2027. Sa priorité des priorités pour ses derniers mois à Matignon, en plus de soutenir l’agriculture, sinistrée comme jamais par l’été de canicules et la sécheresse sans précédent que nous sommes en train de vivre ? Doter la France d’un budget. Encore.
Le Premier ministre a écrit aux parlementaires à la fin du mois de juillet pour les appeler à la raison. Ne pas avoir de budget dans les temps, pour la troisième fois consécutive, serait lourd de conséquences. Les finances du pays sont exsangues, la trajectoire de redressement des comptes publics, négociée avec l’Union européenne, n’est pas tenue, et le risque que les marchés financiers ne nous fassent plus confiance ne cesse d’augmenter.
Pour bien montrer qu’ils sont les champions de la rupture avec la Macronie, les partis d’opposition ne pourront pourtant pas voter les budgets 2027. Ils votent systématiquement contre, par principe, et on les voit mal s’abstenir, même au nom du bien commun, en décembre prochain. Le gouvernement devra donc recourir à une nouvelle série de 49.3 pour faire passer des textes budgétaires que personne ne voudra endosser. Avec un fort risque de censure.
La France Insoumise a annoncé la couleur la première. Quelle que soit la copie qui sera soumise au débat, ses députés voteront la chute du gouvernement. Le reste de la gauche, dont le Parti socialiste, dans une logique de concurrence électorale, aura bien du mal à faire autrement. « Le suspense est assez faible, pour ne pas dire inexistant : il y aura une censure » , a déclaré Olivier Faure à Blois la semaine dernière. Le Rassemblement national, qui laissera sans doute planer le doute jusqu’au bout, comme à son habitude, devrait lui aussi s’inscrire dans le camp de la rupture au dernier moment.
Ce scénario irrationnel, préjudiciable pour le pays mais malheureusement écrit d’avance, aura pourtant bien plus de conséquences négatives que les deux années précédentes.
D’abord, parce qu’il est hautement improbable d’arracher un compromis début 2027, à quelques semaines de la présidentielle, en jouant les prolongations comme en ce début d’année. Laisser passer le scrutin pour écrire un budget, ou rectifier le tir, c’est devoir attendre une dissolution de l’Assemblée en espérant qu’une majorité se dégage après des législatives. Ce qui est très loin d’être garanti.
En tout état de cause, le nouvel exécutif et les nouveaux parlementaires ne pourraient pas rouvrir les débats avant l’automne… au moment où l’examen du budget 2028 devra démarrer. Dans les faits, c’est une année de perdue qui se profile. Une année pendant laquelle le futur nouveau pouvoir n’aura pas les moyens financiers de mettre en œuvre sa politique. Et pendant laquelle notre déficit public ne manquera pas de s’aggraver.
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