Enfants de la rue en Afrique de l'Ouest : ce que révèlent huit années de terrain
Des enfants en situation de mendicité aux abords de la circulation routière à Bamako, Mali.
Drahmane Fondo , Fourni par l'auteur L'expression “enfants de la rue” cache une réalité plus complexe qu'il n'y paraît.
À l'origine de ce phénomène, se trouve un système de solidarité qui s'est transformé sous l'effet de l'urbanisation, de la pauvreté et de la marchandisation des relations sociales.
Dans beaucoup de pays d'Afrique de l'Ouest, comme au Mali, certains y passent la journée avant de retourner chez eux.
D'autres ont été confiés à des proches en ville et se retrouvent progressivement exposés à l'exploitation, à la rupture avec leur famille ou à la mendicité.
En tant qu'ethnologue, j'ai mené une étude de terrain dans les rues de Bamako entre 2017 et 2025.
J'ai combiné desentretiens semi-directifs - de jour comme de nuit, en maraude - avec les enfants rencontrés, et une observation participante prolongée.
C'est cette combinaison, notamment le travail nocturne, qui m'a permis de comprendre cette réalité complexe.
Il existe en réalité plusieurs catégories d'enfants qui se croisent dans le même espace, sans que la frontière entre elles soit toujours visible au premier regard.
Les catégories d'enfants dans la rue Dès 1985, le Forum de Grand-Bassam, organisé en Côte d'Ivoire par le Bureau international catholique de l'enfance (Bice) et l'Unicef, avait déjà tenté de clarifier les choses en distinguant les « enfants dans la rue » (qui y passent la journée avant de regagner un foyer le soir) des « enfants de la rue », en rupture totale avec toute famille, qui y vivent et y dorment.
Cette distinction reste juste, mais elle demeure difficile à observer dans la journée.
Les filles, par exemple, investissent elles aussi l’espace public (vente de rafraîchissements, de fruits, de petite restauration ambulante) avant d’en disparaître à la tombée de la nuit.
Les garçons, eux, se répartissent alors entre ceux qui rentrent chez eux et ceux qui restent.
Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter à sa source : la pratique traditionnelle appelée confiage, répandue dans de nombreuses sociétés d'Afrique de l'Ouest.
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